Le cinéclub « Univerciné » de l’association Cinewax à la Sorbonne Nouvelle

Cinewax, le cinéma qui crée des ponts entre les cultures.

Créée en novembre 2014, l’ambition du cinéclub « Univerciné » de l’association Cinewax est de promouvoir les cultures africaines par l’organisation de séances régulières dans des cinémas. L’objectif est de créer un pont culturel entre les pays grâce au septième art – mais pas que. A long terme, Cinewax souhaiterait créer un réseau de salles de cinéma au Sénégal, dans une démarche de démocratisation de la culture et de création d’emplois.

Aujourd’hui les cinémas y sont quasi-inexistants. On dénombre une salle de cinéma pour 6 millions d’habitants. L’association compte bien remédier à cela en créant des espaces culturels où les jeunes pourront se réunir, se cultiver ou même se former aux métiers de l’audiovisuel.

Cinewax c’est donc une formidable association, jeune et dynamique, qui crée du lien entre des cultures différentes grâce à des projets cinématographiques engagés.

14890389_1135232613239527_1506142613016039044_o

Les sociétés africaines en mutation

Cette année, la programmation du festival Cinewax questionne les identités et les évolutions des sociétés africaines. Dans cette optique, le mercredi 2 novembre 2016, une projection d’un des chefs d’oeuvres du réalisateur sénégalais Ousmane Sembène, Ceddo, a eu lieu à l’université Sorbonne Nouvelle – Paris 3.

Ousmane Sembène est indéniablement le fondateur d’un cinéma africain contemporain. En 1966, avec le film La Noire de …, il devient le premier africain noir à réaliser un long-métrage. Très connu pour son engagement politique et social, il est à l’origine d’une prise de conscience, par le biais du cinéma, des mutations subies par les sociétés d’Afrique de l’Ouest.

Réalisé en 1977, le film Ceddo, relate les troubles politiques et religieux au sein d’un royaume sénégalais. L’enlèvement de la fille du roi déclenche des conflits entre musulmans, chrétiens et animistes, qui auront une fin macabre. Sur fond de fresque historique, Ousman Sembène dénonce, à travers les habitants Ceddo, la caste des paysans pauvres et animistes ainsi que l’exploitation des africains pendant la colonisation. Il remet également en question les fondements légitimes de l’islam et du christianisme, religions qui ont tendance aujourd’hui à se présenter comme les religions naturelles des africains ; or, le réalisateur montre ici qu’elles se sont imposées par la force et la contrainte et pour des raisons plus économiques et démagogiques que spirituelles. Ceci explique certainement pourquoi le film a été interdit à la projection et à la diffusion au Sénégal jusqu’en 1984 par le président Léopold Sédar Senghor. C’est à la fois un film subversif, engagé et d’une grande richesse historique. A voir absolument si l’on souhaite en savoir davantage sur la culture sénégalaise.

 

Retrouvez toutes les actualités de Cinewax sur leur site internet : http://www.cinewax.org
et sur leur page Facebook : https://www.facebook.com/Cinecinewax/
L’événement à la Sorbonne Nouvelle : https://www.facebook.com/events/111584205982638/

 

Nous avons participé à la soirée d’Etudiants et Développement mardi 25 octobre 2016

Depuis plusieurs années, AP2i s’engage aux côtés du réseau nationale Etudiants&Développement en incitant notamment les anciens et nouveaux bénévoles à participer à leurs nombreux événements et formations.
Plus qu’un simple partenariat, AP2i apporte au sein de ce réseau un point de vue spécifiquement lié à l’ingénierie de projets artistiques interculturels et bénéficie de l’expérience d’Etudiants & Développement dans le domaine de la solidarité internationale.

Chaque rencontre est enrichissante, comme en témoigne Meghan, nouvelle bénévole chez AP2i qui a participé à l’événement de rentrée du réseau mardi 25 octobre à la Maison des Initiatives Etudiantes de la Ville de Paris.

14720597_10153852012121712_2297337409676850802_n

En tant que nouvelle bénévole d’AP2i, j’ai eu la chance de participer mardi dernier à la soirée de rentrée d’Etudiants et Développement, qui avait pour but de présenter évidemment l’association, mais surtout de faire connaître le réseau richissime d’associations d’Ile de France et par la même occasion ses membres. Car en effet, Etudiants et Développement (E&D) c’est une association nationale de solidarité internationale et d’éducation populaire, qui anime un grand réseau national d’associations porteuses de projets. In somma, E&D, c’est un réseau porté par les jeunes et pour les jeunes, avec comme vocation de nous faire évoluer dans un monde meilleur, car eux ils ont compris que si on ne se bougeait pas, eh bien personne le ferait à notre place.

Le programme de la soirée se constituait donc de 4 ateliers autour des 4 grands thèmes auxquels réfléchir lorsque l’on monte un projet : « moi » (parce qu’on aime bien être un peu égocentrique on va pas se mentir), « le contexte » (c’est important de savoir où l’on met les pieds), « nos actions » (eeeeeh action!), « les partenaires » (car tout seul on avance moins vite et moins bien). Autour de petits jeux, nous avons pu débattre autour de nos diverses conceptions de l’interculturalité ; partager nos peurs et nos doutes concernant nos projets ; discuter de nos expériences respectives et de nos envies. Le nombre de participants étant important, et le temps manquant, nous n’avons pas pu approfondir tous les sujets comme je l’aurais souhaité, toutefois cette soirée fut très enrichissante.

En tant qu’étudiante en M2 Gestion de projets interculturels, je trouvais extrêmement intéressant d’avoir enfin un vrai cadre réel pour penser l’interculturalité, en dehors des murs de l’université et des théories parfois rébarbatives que nos chers professeurs s’époumonent à nous inculquer. Pour une fois, j’ai pu me sentir vivante et actrice d’un mouvement. Je vous rassure je n’ai pourtant pas révolutionné le monde durant cette soirée, mais j’en suis sortie motivée comme jamais, la tête chargée d’espoir, et avec l’envie de moi aussi contribuer à quelque chose d’englobant, de fort et de puissant. Grâce à ce réseau, tu échanges avec des personnes qui te sont totalement inconnues sur des sujets qui te tiennent à cœur, car tout comme toi elles ressentent le besoin de faire quelque chose de bien, de petit, de beau, de grand, d’écologique, d’artistique, de solidaire, de marrant, pour nous, pour toi, ou pour eux : pour améliorer le quotidien de ces autres gens sur notre planète. En participant à cette soirée, j’ai enfin eu le sentiment que quelque chose était possible, que je pouvais appartenir à une communauté utile. Car l’entraide représente la base de ce réseau : c’est l’occasion de parler de ton projet et de demander, à ceux qui sont peut-être déjà passés par là, leur avis, leur expérience, leurs moyens, ou de te donner des idées pour faire naître ton projet s’il n’était pas défini.

Cette douce soirée d’automne était donc comme une jolie bouffée d’air frais, car l’on en ressort en se disant que finalement des alternatives existent, comme celui d’un autre monde, que celui tout noir que les médias s’échinent à nous dépeindre : celui auquel j’aspirais mais que je ne parvenais à distinguer, celui de la jeunesse, de l’art, de la culture, de la diversité, de la créativité, de la concrétisation.

Si vous aussi vous voulez rejoindre le mouvement, ou prendre une petite bouffée d’air frais juste comme ça de temps en temps, je vous invite à regarder le programme de la semaine de la Solidarité Internationale du 14 au 22 Nombre, ainsi que de vous rendre au WEED (Week-End d’Etudiant & Développement) le 3 et 4 décembre, pleins de belles surprises et rencontres vous attendent. Ou passez simplement voir à la Maison des Initiatives Etudiantes, les associations qui y siègent et qui seront ravies de vous recevoir.

Meghan Common

Un dîner interculturel ouvre la saison 2016-2017 !

Mardi se tenait le premier dîner interculturel de la saison 2016-17 d’AP2i.
Nous étions heureux d’accueillir nouveaux et anciens au Raymond Bar dans le centre de Paris pour partager talents culinaires petits et grands.

Les animations avaient laissé place aux discussions animés, les participants étant trop heureux de se rencontrer, se retrouver et partager leurs expériences de ces derniers mois.

Cette rencontre informelle faisait suite à la rencontre formelle de début octobre où les co-présidentes avaient présenté l’association en général et sa saison en particulier.

Vous avez loupé la réunion de rentrée et ce premier dîner interculturel mais vous seriez intéressé de participer et vous engager ? Pas de souci !
Envoyez nous un mail à contact@ap2i.org et nous vous renverrons toutes les informations nécessaires ! 🙂

Café Labo – Culture et territoire urbain

AP2i vous convie à un Café Labo sur le thème de la culture et du territoire urbain.
« Le territoire urbain, comme la ville, est alors un lieu d’habitat dense, caractérisé par une société différenciée, une diversité fonctionnelle, une capitalisation et une capacité d’innovation qui s’inscrivent dans de multiples réseaux d’interaction ».

Au programme, plusieurs réflexions sur ce thème avec trois intervenants qui viendront animer la recontre:

  • Cross world : une série de reportages menée à l’international pour donner à voir des objets qui nous paraissent quelconques dans notre quotidien en France, raconter à quoi ils servent, ce qu’ils représentent ailleurs. http://crossworlds.fr/
  • Paris vu d’en haut : une expo et un parcours pour présenter un patrimoine culturel rempli de mystère : les toits de Paris. http://parisvudenhaut.littlebig.city/
  • les 400 vues : une exposition et une rencontre photographique sur l’environnement urbain parisien inscrit dans un cadre international. http://les400vues.eu/

Joignez-vous à nous, Mercredi 13 avril à 18h à Paris 3 et venez rencontrer et discuter avec les responsables différents projets culturels sur l’appropriation du territoire urbain.

Brooklyn – Home is Home

brooklyn

Il y a quelque chose de profondément paradoxal dans l’arrivée dans un nouveau pays. L’éloignement, à la fois recherché et craint, créé et ressenti, est ce sentiment qui se nourrit de la tension entre l’expectative et l’appréhension. En décidant de s’installer à Brooklyn, Eilis Lacey s’éloigne de l’Irlande de 1952, et laisse derrière elle une vie confortable mais sans avenir. La scène où la jeune femme se présente au comptoir d’immigration d’Ellis Island est l’une des plus mémorables du film par son illustration très juste de cette fébrilité vis-à-vis d’un choix motivé par l’incertitude.

Le film de John Crowley, adapte le roman Brooklyn de Nick Hornby. L’auteur avait déjà écrit High Fidelity, film que l’on ne peut jamais assez recommander, notamment pour sa représentation formidablement évocatrice et drôle de l’éloignement amoureux. Il nous propose cette fois-ci un film d’une grande beauté, un récit délicat sur l’immigration. Ce sujet, finalement assez peu traité au cinéma, offre l’occasion de tracer une histoire forte mais suffisamment universelle pour que chacun puisse y refléter ses expériences.

À travers l’évolution de son personnage, Brooklyn interroge la construction de notre identité par l’assimilation au milieu dans lequel on vit. Pour beaucoup, notre identité est invariablement définie par les lieux où nous avons grandi. C’est à cette apparente fatalité qu’Eilis tente de s’extraire tout au long du film. Brooklyn retrace habilement les différentes étapes de notre ressenti par rapport à l’intégration à une culture fondamentalement différente de la nôtre. L’actrice transmet avec beaucoup de justesse cette progression de sentiments qui vont de l’excitation vis-à-vis de l’inconnu, à la peur, à la résistance, puis à l’abandon et enfin à la revendication d’un mode d’être qui finit par la définir. Cette évolution du personnage souligne ces contradictions profondes et douloureuses qui animent sa volonté de se redéfinir par son nouveau milieu sans nier ce qui constitue fondamentalement son identité. Ce déchirement nécessaire, particulièrement bien mis en scène dans le film parlera beaucoup à ceux qui ont voulu amorcer une nouvelle vie dans un autre pays.

L’auteur a la très bonne idée de confronter son personnage à un retour à sa vie en Irlande. Maintenant installée à Brooklyn depuis plus d’un an, Eilis se trouve contrainte de retourner auprès de sa famille pour quelques temps. Cette séquence du film brille par le fait qu’elle présente en quelque sorte le processus inverse et accéléré de sa construction identitaire à Brooklyn. Sa lente et progressive assimilation à la vie de new-yorkaise se heurte brutalement à la vie qu’elle avait mise derrière elle. Cette séquence rend manifeste un conflit profond jusqu’ici masqué par l’identité qu’elle s’est construite. Ce retour marque son affront à la personne qu’elle a décidé de ne plus être et constitue l’un des moments les plus beaux et intelligents du film.

L’histoire d’Eilis Lacey pose finalement la trame de fond à un récit plus subtil sur la solitude. Le film illustre brillamment cette dimension inexprimable de l’immigration : son caractère profondément personnel et intime. Ce sentiment qui traverse toute l’expérience du personnage contribue grandement à la finesse d’un film touchant parfaitement maîtrisé.

 Emilien Maubant

Politique étudiante en France au Québec, protestation et institutionnalisation

Students protest a hike in tuition fees on June 22, 2012 in Montreal, Canada. After two weeks of relative calm, tens of thousands of students were back on the streets to protest the rising university fees, now in its fifth month. Students are also protesting a law which has suspended classes until they resume in mid-August and limits the right to demonstrate. AFP PHOTO / Rogerio BARBOSA (Photo credit should read ROGERIO BARBOSA/AFP/GettyImages)

Je me souviendrai toujours de la première assemblée générale de mon association étudiante à l’Université de Montréal. Fraichement intégré, je me rends à la première AG pour voir ce dont il était question. J’ai tellement été surpris de la rigueur des procédures et de l’organisation de l’assemblée que j’ai d’abord cru à une blague. Après tout, il s’agit du programme de philosophie politique qui comptait à l’époque une trentaine d’étudiants tout au plus. Je demande, amusé, à ma voisine si ça se passe toujours comme ça. « Oui, pourquoi? », me répond-elle. Prise des présences, annonce de l’ordre du jour, procédures de vote, attribution de la parole alternée entre filles et garçons, tout était respecté à la lettre, d’une charte d’une dizaine de pages.  Ces assemblées générales sont menées avec un sérieux plutôt déconcertant et font figure d’une instance politique finalement assez fondamentale pour les étudiants du Québec. Dans le climat actuel de fortes mobilisations en France, il m’a semblé intéressant de présenter les différentes formes d’engagement étudiant dans la culture québécoise.

Au Québec, chaque programme universitaire dispose de sa propre association étudiante. Ces associations comportent toutes un exécutif, composé d’un président, d’un secrétaire, d’un trésorier, et autres délégués à la vie étudiante, aux affaires académiques et aux affaires externes. Le rôle de ces associations est crucial, tant pour ce qui est du quotidien universitaire que de l’engagement politique général des étudiants du programme. Lors des assemblées générales, tous les étudiants du programme concerné sont amenés à voter sur des questions qui vont du budget pour les pulls aux couleurs de l’asso, à différents éléments du cahier de position. Ces positions constituent le cœur de l’engagement politique de ces associations. Elles permettent aux étudiants de se prononcer aussi bien sur la politique au sein de l’Université que sur des questions plus fondamentales de la société.

Au printemps 2012, les étudiants québécois ont protesté contre une hausse de 75% des frais de scolarité des universités. Dans une province dans laquelle une licence universitaire de trois ans coûte environ 15 000 dollars (10 000 euros), il s’agissait alors d’un enjeu considérable. Ces protestations ont progressivement conduit à des grèves générales et illimitées dont les modalités ont ainsi été décidées dans chacune de ces associations étudiantes. Toute association, d’un programme de biochimie à un programme d’études cinématographiques s’est ainsi prononcée sur la question politique. Il s’agit donc de véritables instances au poids politique imposant au sein desquelles se décident des stratégies à adopter face au gouvernement provincial, en charge de l’éducation. Ce sont ces instances qui ont permis à 300 000 étudiants de se mettre en grève générale illimitée, aboutissant à un conflit social sans précédent au Québec. Des dizaines de manifestations ont été organisées pendant plusieurs mois à travers toute la province, souvent de nuit. Elles ont fait face à  des répressions sévères, notamment après l’adoption expéditive d’une loi interdisant tout regroupement public de plus de 50 personnes. Ce conflit a finalement mené quelques mois plus tard, à un changement de gouvernement.

En arrivant en France en début d’année, j’ai cette fois été surpris de la situation opposée dans un pays souvent mis de l’avant pour le fort degré de politisation de ses étudiants. Si l’engagement politique des étudiants français est indéniable, la forme qu’il prend a de quoi surprendre. La participation à la vie politique des étudiants en France prend davantage la forme de syndicats, comme l’UNEF. Le taux de syndicalisation des étudiants français n’est toutefois que de 1%, avec une participation d’environ 8%. En ce sens, si beaucoup d’étudiants semblent prêts à manifester dans les rues contre le gouvernement, très peu prennent véritablement part à des instances politiques étudiantes pour concrétiser leur engagement.

On oppose souvent le Québec et la France pour le degré de politisation de leurs citoyens, mais c’est en réalité dans la forme que prend cet engagement que ces cultures diffèrent.  Là où la France fonctionne par une rhétorique de protestation et de manifestations, le Québec préfère fonctionner par une institutionnalisation de la politique étudiante. Reste à déterminer laquelle de ces stratégies participe au mieux à la vie démocratique de la société.

Emilien Maubant

l’immigration au Québec, une expérience

Aujourd’hui, nombreux sont les étudiants ou les jeunes professionnels qui partent à l’étranger. Dans le cadre d’un échange universitaire pour certains, par leur propre moyen pour d’autres, ces derniers endossent alors le statut d’immigrant. Je reviens donc sur cette expérience, où pendant trois ans j’ai découvert l’univers de Montréal et la vie du « nouvel arrivant ».

HPIM0749

Le départ

Les discussions de voyage, les amis qui partent, qui reviennent et racontent leur expérience, à chaque fois avec enthousiasme et énergie …. et là on se dit, pourquoi pas moi ?… Montréal ? Ça semble pas mal, beaucoup de gens y sont, y sont allés et tous dressent un portrait idyllique de cette métropole.

Allez hop, on se renseigne : autour de soi, sur les sites institutionnels, sur les forums. Comme le contact reste lointain, les appels téléphoniques outre-atlantique deviennent un moyen d’humaniser les informations récoltées sur le web. Après quelques minutes à discuter, la voix derrière le combiné nous quitte même avec un « bienvenu » chaleureux. Wahoo ! Quel accueil ! Tous les fantasmes sur Montréal sont possibles, oubliant les obstacles inévitables dans ce futur périple. En quelques semaines, tout est bouclé : la fac nous félicite d’être accepté dans son programme d’étude, les papiers d’immigration sont prêts, le logement sur place est réservé et les billets d’avion concrétisent ce grand départ. On s’envole.

L’atterrissage

Les premiers contacts avec la ville sont chaleureux. Un accueil spécial pour les nouveaux arrivants est d’ailleurs mis en place : de jeunes étudiants viennent à notre rencontre pour nous présenter rapidement la ville. Cet accompagnement confirme les fantasmes de l’avant départ nous faisant oublier le paysage un peu triste de l’autoroute …

D’abord, on découvre la ville avec un regard de touriste assumé. Rapidement, un certain choc culturel pointe son nez : à Montréal, les habitants ont beau parler français, la vie quotidienne reste éloignée du mode de vie européen pour se rapprocher d’avantage de celui d’Amérique du Nord… et c’est logique ! Premier manque : la nourriture… 8$ le petit bout de fromage industriel… aïe, aïe, aïe… une boulangerie ? Ouch… bon, on se rattrapera sur le cheddar et le pain de mie. Et que dire de l’alcool ? Direction le magasin spécialisé, la SAQ. Car oui, au Canada, le gouvernement à la main mise sur l’alcool, faisant monter les taxes des bouteilles.

Finalement, ce petit décalage et ce nouveau mode de vie deviennent chose normale ; si bien qu’avec le temps, les expressions typiques québécoises font partie de notre langage quotidien. La vie politique canadienne nous passionne : avoir une opinion sur la place du Québec au Canada devient pour nous une évidence et un engagement. Et quand la saison reprend, on supporte l’équipe de hockey de Montréal. Go Habs go ! En fait, il fait bon vivre dans cette ville, sauf que…HPIM0950

Les difficultés du statut d’immigrant

Sauf que… nous restons, malgré tout, des immigrants… le visa arrivé à terme, les papiers doivent impérativement être renouvelés. Début d’un casse tête administratif : justificatifs, inscription en ligne, lettre de motivation, sans compter la petite somme d’une centaine de dollars à débourser. Des amis français luttent littéralement pour rester légalement sur le territoire canadien. Ils doivent absolument trouver un employeur, et ce dernier doit prouver à l’autorité qu’aucun canadien ne dispose des compétences requises pour exercer le poste en question. Pourtant, ces amis sont depuis un certain nombre d’années sur le sol québécois : leur vie et leur avenir, ils ne les voient pas ailleurs. Car oui, ils sont sont intégrer socialement et culturellement : le Québec est leur maison. Peu importe, le gouvernement est détenteur du sort des étrangers sur son territoire.

Alors, les documents et les informations qui alimentaient tous nos fantasmes avant le départ nous reviennent en tête : à l’époque, l’installation dans cette terre d’accueil semblait si simple… Finalement, non : s’établir à long terme à l’étranger est un combat administratif. Il ne suffit pas d’être motivé et engagé pour devenir citoyen du pays. Depuis presque deux ans, le gouvernement québécois a renforcé les obstacles dans sa politique d’immigration, rendant encore plus compliqué la venue des nouveaux arrivants, sous couvert de raison économique.

Le Québec connaît un débat autour de son identité et de sa reconnaissance au sein du Canada, pays dominé par la culture anglophone. Il semble donc dommage de ne pas considérer les immigrants comme richesse culturelle : ils font partie intégrante de la vie du pays et construisent la société dans laquelle ils résident. D’ailleurs, ce constat pourrait être fait dans d’autres pays…

Carine

Louis Theroux et le journalisme gonzo

_51949239_louistherouxandposter

En matière d’exposition des problématiques interculturelles, le documentaire est un genre privilégié. Qu’il s’agisse de présenter les difficultés auxquelles font face des communautés ou tout simplement de représentations de modes de vie différents, il est particulièrement adapté. On remarque toutefois que ce genre, lorsqu’il s’attache à valoriser l’échange culturel, tend à ne présenter que la dimension positive de ces cultures. Les points de vue ainsi exposés sont majoritairement perçus comme légitimes et consensuels et participent d’un sentiment de solidarité certes bienvenu, mais pas systématiquement représentatif.

Les documentaires de Louis Theroux présentent un contrepoint particulièrement intéressant à ce type de reportages dans leur tentative d’exposer des sous-cultures considérées comme au mieux marginales, au pire illégitimes et néfastes. Des communautés xénophobes aux simples pratiques hors-norme, différents modes de vie sont ainsi mis au jour avec un souci d’authenticité et d’ouverture très appréciables. Bien que ces documentaires ne cautionnent pas les opinions qu’ils présentent, ils offrent l’occasion d’en comprendre les logiques internes par l’immiscion dans le quotidien de ces modes de vie.

L’intérêt principal de ce type de journalisme réside dans un style assez peu conventionnel, le journalisme dit « gonzo ». L’élément distinctif de ce genre de reportage est l’inclusion du narrateur dans ce qui fait l’objet de l’enquête. L’immersion totale du journaliste est dès lors encouragée, et offre au spectateur un point de vue interne, et donc non objectif des mœurs étudiées. Si cette absence d’objectivité peut sembler s’éloigner des principes fondamentaux du journalisme, elle permet toutefois de s’extraire de l’imposition de ce qu’on pourrait considérer comme la pensée légitime et consensuelle.

Louis Theroux, journaliste britannique rattaché à la BBC est aujourd’hui une des figures la plus représentative de ce type de journalisme. Parmi ses différents reportages, beaucoup sont à recommander, comme son incursion dans une communauté néo-nazie en Californie (Louis and the Nazis). On retient aussi  ses enquêtes auprès de communautés juives ultra-sionistes (The Ultra Zionists) à Jérusalem, et des groupes partisans de l’apartheid en Afrique du Sud (South Africa).  Theroux fait volontairement preuve d’une naïveté assez sincère lorsqu’il entre en contact avec ces sous-cultures au discours haineux, et c’est là ce qui contribue à l’intérêt de cette méthode d’enquête. La naïveté qui accompagne ses questions encourage la sincérité et facilite l’ouverture et le dialogue de ces groupes. Theroux s’éloigne ainsi de la posture du journaliste moralisateur et se met au contraire dans la position de celui à qui il faut expliquer. Là encore, le journaliste ne cherche pas à cautionner ou justifier les opinions des populations interrogées, mais plutôt à comprendre la logique qu’ils déploient. Ces documentaires se trouvent alors assez terrifiants dans leur exposition finalement presque banale de modes de vie couramment diabolisés.

Le journalisme ainsi mené présente un intérêt assez considérable dans la mesure où il propose un contenu non éditorialisé, non médiatisé. En mettant au jour ces modes de vie marginaux, hors-norme et haineux, le journalisme gonzo permet une exposition riche et terrifiante à ces cultures. En ce sens, il constitue un contrepoint rafraichissant et nécessaire à la représentation bienséante de l’interculturalité.

Emilien Maubant

Julie, enseignante de français : son aventure interculturelle dans l’Empire du milieu

Julie habite au Québec depuis bientôt 9 ans et a la chance de réaliser son rêve chaque jour en enseignant le français langue seconde à l’Université. En 2014, elle répond sur un coup de tête à une offre de poste de professeure de français en Chine et est sélectionnée. Elle nous raconte son aventure de 7 mois dans ce vaste empire du milieu.qufu Chine

L’arrivée, la découverte, la vie

Malgré le choc culturel qui m’attendait à Qufu et malgré la barrière de la langue, étrangement je n’ai rencontré aucune difficulté. Mes 5 semaines de cours de mandarin avant de partir et aussi mon sourire ont facilité mon intégration et m’ont permis aussi de briser la barrière entre l’oriental et l’occidental. Je ne saurais expliquer pourquoi ni comment, mais je vivais comme si j’avais toujours vécu là-bas : quand mes collègues professeurs étrangers prenaient la navette privée des professeurs, je prenais le bus de ville, quand ils allaient au supermarché, j’allais au marché fermier du coin. Il faut dire qu’une jeune occidentale dans une petite ville semi-rurale chinoise dénote un peu et attire les curiosités. Une vieille dame est venue me toucher le bras un jour pour voir ce que ça faisait… Les gens me dévisageaient, me demandaient de faire des photos avec eux et quand la plupart me regardait froidement en me disant « meiguo ren » (l’américaine), il suffisait que je leur réponde en mandarin que j’étais française pour que leur visage s’illumine, qu’ils me posent tout un tas de questions et qu’ils m’emmènent dans leurs magasins ou me fassent goûter leurs produits sur le marché. J’avais ce capital sympathie immédiat, presque injuste, que me procuraient ma nationalité et mes quelques mots de mandarin.

J’ai entendu un peu tout et n’importe quoi avant de partir et je crois que si je n’ai pas vraiment ressenti de gros choc culturel c’est parce que je suis partie dans un état d’esprit particulier. Je voulais tout apprendre, découvrir et expérimenter. Par exemple j’ai testé toutes les nourritures possibles et surtout « la bouffe de rue » alors qu’on m’avait clairement dit de ne pas y toucher. Je pense que mon envie de tout découvrir m’a aussi attiré la sympathie des gens car là-bas, comme on me disait souvent « on n’a pas l’habitude des occidentaux qui viennent ici, qui mangent dans ce genre d’endroit etc… » Je prenais soin aussi de respecter les us et coutumes en terme de respect de la hiérarchie, des gestes à adopter dans certains contextes. Enfin je crois aussi que le fait d’y avoir vécu vraiment, d’y avoir travaillé (mon emploi du temps de professeure était très chargé) m’a obligée à m’adapter tout de suite sans vraiment réfléchir. C’est aussi ça que j’étais venue chercher, faire la touriste ne m’intéressait pas, ce que je voulais vraiment c’était découvrir la Chine, « la vraie », pas celle du papier glacé des revues ni celle des guides touristiques.

Évidemment cela engendre forcément des déconvenues mais pas de déceptions. Malgré toute mon ouverture, j’ai été profondément marquée par le dénuement matériel des étudiants et de l’université. Mais ce qui m’a le plus touchée a été l’empreinte que j’ai laissée à mes étudiants dont certains continuent encore à m’écrire. Je suis rentrée plus riche que jamais.julie_Chine

Oui, mais maintenant?

Ces 7 mois à l’autre bout du monde auront changé ma vie indubitablement mais auront aussi conforté les valeurs que j’avais déjà en moi. J’ai toujours eu une certaine conscience environnementale, une volonté de ne pas trop consommer etc… Mais vivre 7 mois avec seulement 1 valise et être confrontée aux conditions de vie des étudiants modifie forcément votre façon de vivre. Finalement ce voyage m’a fait revenir à l’essentiel, m’a aidée à lâcher prise et à abandonner le superflu. Je ne me suis jamais sentie aussi seule qu’à mon départ pour la Chine alors que je sortais tout le temps et avais tant de contacts dans mon répertoire.

Ce qui a changé? Ce serait la déconnexion. Moi qui me suis souvent sentie à part, je me sens encore plus éloignée à présent. Les relations virtuelles, les amitiés virtuelles, les likes, les applications, les gens qui n’ont jamais le temps pour vous mais qui ont toujours le temps pour les réseaux sociaux, la peur du rien, cette peur du vide, ce remplissage qui rassure… Tout ça me dépasse.

Je suis peut-être devenue une étrangère mais étrangement je ne me suis jamais sentie aussi bien.

Julie

Retrouvez l’intégralité du périple de Julie sur son blog lilie-en-chine.weebly.com

AP2i au jeudi de la MIE : c’est le PIEED

Jeudi 25 Février 2016, AP2i a présenté ses actions et les projets soutenus par le PIEED.

PIEEDCe moment d’échange a permis de faire découvrir les initiatives étudiantes dans le développement. 

AP2i et l’organisme Etudiants et développement ont pour objectif de promouvoir l’initiation aux principes de solidarité internationale.

pieed2Régulièrement, l’équipe AP2i intervient auprès des étudiants et sensibilise aux problématiques d’interculturalités.

 

 

https://www.facebook.com/events/1521659494801329/
http://www.etudiantsetdeveloppement.org/article/venez-prendre-votre-pieed-le-25-fevrier