Café Labo – Culture et territoire urbain

AP2i vous convie à un Café Labo sur le thème de la culture et du territoire urbain.
« Le territoire urbain, comme la ville, est alors un lieu d’habitat dense, caractérisé par une société différenciée, une diversité fonctionnelle, une capitalisation et une capacité d’innovation qui s’inscrivent dans de multiples réseaux d’interaction ».

Au programme, plusieurs réflexions sur ce thème avec trois intervenants qui viendront animer la recontre:

  • Cross world : une série de reportages menée à l’international pour donner à voir des objets qui nous paraissent quelconques dans notre quotidien en France, raconter à quoi ils servent, ce qu’ils représentent ailleurs. http://crossworlds.fr/
  • Paris vu d’en haut : une expo et un parcours pour présenter un patrimoine culturel rempli de mystère : les toits de Paris. http://parisvudenhaut.littlebig.city/
  • les 400 vues : une exposition et une rencontre photographique sur l’environnement urbain parisien inscrit dans un cadre international. http://les400vues.eu/

Joignez-vous à nous, Mercredi 13 avril à 18h à Paris 3 et venez rencontrer et discuter avec les responsables différents projets culturels sur l’appropriation du territoire urbain.

Brooklyn – Home is Home

brooklyn

Il y a quelque chose de profondément paradoxal dans l’arrivée dans un nouveau pays. L’éloignement, à la fois recherché et craint, créé et ressenti, est ce sentiment qui se nourrit de la tension entre l’expectative et l’appréhension. En décidant de s’installer à Brooklyn, Eilis Lacey s’éloigne de l’Irlande de 1952, et laisse derrière elle une vie confortable mais sans avenir. La scène où la jeune femme se présente au comptoir d’immigration d’Ellis Island est l’une des plus mémorables du film par son illustration très juste de cette fébrilité vis-à-vis d’un choix motivé par l’incertitude.

Le film de John Crowley, adapte le roman Brooklyn de Nick Hornby. L’auteur avait déjà écrit High Fidelity, film que l’on ne peut jamais assez recommander, notamment pour sa représentation formidablement évocatrice et drôle de l’éloignement amoureux. Il nous propose cette fois-ci un film d’une grande beauté, un récit délicat sur l’immigration. Ce sujet, finalement assez peu traité au cinéma, offre l’occasion de tracer une histoire forte mais suffisamment universelle pour que chacun puisse y refléter ses expériences.

À travers l’évolution de son personnage, Brooklyn interroge la construction de notre identité par l’assimilation au milieu dans lequel on vit. Pour beaucoup, notre identité est invariablement définie par les lieux où nous avons grandi. C’est à cette apparente fatalité qu’Eilis tente de s’extraire tout au long du film. Brooklyn retrace habilement les différentes étapes de notre ressenti par rapport à l’intégration à une culture fondamentalement différente de la nôtre. L’actrice transmet avec beaucoup de justesse cette progression de sentiments qui vont de l’excitation vis-à-vis de l’inconnu, à la peur, à la résistance, puis à l’abandon et enfin à la revendication d’un mode d’être qui finit par la définir. Cette évolution du personnage souligne ces contradictions profondes et douloureuses qui animent sa volonté de se redéfinir par son nouveau milieu sans nier ce qui constitue fondamentalement son identité. Ce déchirement nécessaire, particulièrement bien mis en scène dans le film parlera beaucoup à ceux qui ont voulu amorcer une nouvelle vie dans un autre pays.

L’auteur a la très bonne idée de confronter son personnage à un retour à sa vie en Irlande. Maintenant installée à Brooklyn depuis plus d’un an, Eilis se trouve contrainte de retourner auprès de sa famille pour quelques temps. Cette séquence du film brille par le fait qu’elle présente en quelque sorte le processus inverse et accéléré de sa construction identitaire à Brooklyn. Sa lente et progressive assimilation à la vie de new-yorkaise se heurte brutalement à la vie qu’elle avait mise derrière elle. Cette séquence rend manifeste un conflit profond jusqu’ici masqué par l’identité qu’elle s’est construite. Ce retour marque son affront à la personne qu’elle a décidé de ne plus être et constitue l’un des moments les plus beaux et intelligents du film.

L’histoire d’Eilis Lacey pose finalement la trame de fond à un récit plus subtil sur la solitude. Le film illustre brillamment cette dimension inexprimable de l’immigration : son caractère profondément personnel et intime. Ce sentiment qui traverse toute l’expérience du personnage contribue grandement à la finesse d’un film touchant parfaitement maîtrisé.

 Emilien Maubant

Politique étudiante en France au Québec, protestation et institutionnalisation

Students protest a hike in tuition fees on June 22, 2012 in Montreal, Canada. After two weeks of relative calm, tens of thousands of students were back on the streets to protest the rising university fees, now in its fifth month. Students are also protesting a law which has suspended classes until they resume in mid-August and limits the right to demonstrate. AFP PHOTO / Rogerio BARBOSA (Photo credit should read ROGERIO BARBOSA/AFP/GettyImages)

Je me souviendrai toujours de la première assemblée générale de mon association étudiante à l’Université de Montréal. Fraichement intégré, je me rends à la première AG pour voir ce dont il était question. J’ai tellement été surpris de la rigueur des procédures et de l’organisation de l’assemblée que j’ai d’abord cru à une blague. Après tout, il s’agit du programme de philosophie politique qui comptait à l’époque une trentaine d’étudiants tout au plus. Je demande, amusé, à ma voisine si ça se passe toujours comme ça. « Oui, pourquoi? », me répond-elle. Prise des présences, annonce de l’ordre du jour, procédures de vote, attribution de la parole alternée entre filles et garçons, tout était respecté à la lettre, d’une charte d’une dizaine de pages.  Ces assemblées générales sont menées avec un sérieux plutôt déconcertant et font figure d’une instance politique finalement assez fondamentale pour les étudiants du Québec. Dans le climat actuel de fortes mobilisations en France, il m’a semblé intéressant de présenter les différentes formes d’engagement étudiant dans la culture québécoise.

Au Québec, chaque programme universitaire dispose de sa propre association étudiante. Ces associations comportent toutes un exécutif, composé d’un président, d’un secrétaire, d’un trésorier, et autres délégués à la vie étudiante, aux affaires académiques et aux affaires externes. Le rôle de ces associations est crucial, tant pour ce qui est du quotidien universitaire que de l’engagement politique général des étudiants du programme. Lors des assemblées générales, tous les étudiants du programme concerné sont amenés à voter sur des questions qui vont du budget pour les pulls aux couleurs de l’asso, à différents éléments du cahier de position. Ces positions constituent le cœur de l’engagement politique de ces associations. Elles permettent aux étudiants de se prononcer aussi bien sur la politique au sein de l’Université que sur des questions plus fondamentales de la société.

Au printemps 2012, les étudiants québécois ont protesté contre une hausse de 75% des frais de scolarité des universités. Dans une province dans laquelle une licence universitaire de trois ans coûte environ 15 000 dollars (10 000 euros), il s’agissait alors d’un enjeu considérable. Ces protestations ont progressivement conduit à des grèves générales et illimitées dont les modalités ont ainsi été décidées dans chacune de ces associations étudiantes. Toute association, d’un programme de biochimie à un programme d’études cinématographiques s’est ainsi prononcée sur la question politique. Il s’agit donc de véritables instances au poids politique imposant au sein desquelles se décident des stratégies à adopter face au gouvernement provincial, en charge de l’éducation. Ce sont ces instances qui ont permis à 300 000 étudiants de se mettre en grève générale illimitée, aboutissant à un conflit social sans précédent au Québec. Des dizaines de manifestations ont été organisées pendant plusieurs mois à travers toute la province, souvent de nuit. Elles ont fait face à  des répressions sévères, notamment après l’adoption expéditive d’une loi interdisant tout regroupement public de plus de 50 personnes. Ce conflit a finalement mené quelques mois plus tard, à un changement de gouvernement.

En arrivant en France en début d’année, j’ai cette fois été surpris de la situation opposée dans un pays souvent mis de l’avant pour le fort degré de politisation de ses étudiants. Si l’engagement politique des étudiants français est indéniable, la forme qu’il prend a de quoi surprendre. La participation à la vie politique des étudiants en France prend davantage la forme de syndicats, comme l’UNEF. Le taux de syndicalisation des étudiants français n’est toutefois que de 1%, avec une participation d’environ 8%. En ce sens, si beaucoup d’étudiants semblent prêts à manifester dans les rues contre le gouvernement, très peu prennent véritablement part à des instances politiques étudiantes pour concrétiser leur engagement.

On oppose souvent le Québec et la France pour le degré de politisation de leurs citoyens, mais c’est en réalité dans la forme que prend cet engagement que ces cultures diffèrent.  Là où la France fonctionne par une rhétorique de protestation et de manifestations, le Québec préfère fonctionner par une institutionnalisation de la politique étudiante. Reste à déterminer laquelle de ces stratégies participe au mieux à la vie démocratique de la société.

Emilien Maubant

l’immigration au Québec, une expérience

Aujourd’hui, nombreux sont les étudiants ou les jeunes professionnels qui partent à l’étranger. Dans le cadre d’un échange universitaire pour certains, par leur propre moyen pour d’autres, ces derniers endossent alors le statut d’immigrant. Je reviens donc sur cette expérience, où pendant trois ans j’ai découvert l’univers de Montréal et la vie du « nouvel arrivant ».

HPIM0749

Le départ

Les discussions de voyage, les amis qui partent, qui reviennent et racontent leur expérience, à chaque fois avec enthousiasme et énergie …. et là on se dit, pourquoi pas moi ?… Montréal ? Ça semble pas mal, beaucoup de gens y sont, y sont allés et tous dressent un portrait idyllique de cette métropole.

Allez hop, on se renseigne : autour de soi, sur les sites institutionnels, sur les forums. Comme le contact reste lointain, les appels téléphoniques outre-atlantique deviennent un moyen d’humaniser les informations récoltées sur le web. Après quelques minutes à discuter, la voix derrière le combiné nous quitte même avec un « bienvenu » chaleureux. Wahoo ! Quel accueil ! Tous les fantasmes sur Montréal sont possibles, oubliant les obstacles inévitables dans ce futur périple. En quelques semaines, tout est bouclé : la fac nous félicite d’être accepté dans son programme d’étude, les papiers d’immigration sont prêts, le logement sur place est réservé et les billets d’avion concrétisent ce grand départ. On s’envole.

L’atterrissage

Les premiers contacts avec la ville sont chaleureux. Un accueil spécial pour les nouveaux arrivants est d’ailleurs mis en place : de jeunes étudiants viennent à notre rencontre pour nous présenter rapidement la ville. Cet accompagnement confirme les fantasmes de l’avant départ nous faisant oublier le paysage un peu triste de l’autoroute …

D’abord, on découvre la ville avec un regard de touriste assumé. Rapidement, un certain choc culturel pointe son nez : à Montréal, les habitants ont beau parler français, la vie quotidienne reste éloignée du mode de vie européen pour se rapprocher d’avantage de celui d’Amérique du Nord… et c’est logique ! Premier manque : la nourriture… 8$ le petit bout de fromage industriel… aïe, aïe, aïe… une boulangerie ? Ouch… bon, on se rattrapera sur le cheddar et le pain de mie. Et que dire de l’alcool ? Direction le magasin spécialisé, la SAQ. Car oui, au Canada, le gouvernement à la main mise sur l’alcool, faisant monter les taxes des bouteilles.

Finalement, ce petit décalage et ce nouveau mode de vie deviennent chose normale ; si bien qu’avec le temps, les expressions typiques québécoises font partie de notre langage quotidien. La vie politique canadienne nous passionne : avoir une opinion sur la place du Québec au Canada devient pour nous une évidence et un engagement. Et quand la saison reprend, on supporte l’équipe de hockey de Montréal. Go Habs go ! En fait, il fait bon vivre dans cette ville, sauf que…HPIM0950

Les difficultés du statut d’immigrant

Sauf que… nous restons, malgré tout, des immigrants… le visa arrivé à terme, les papiers doivent impérativement être renouvelés. Début d’un casse tête administratif : justificatifs, inscription en ligne, lettre de motivation, sans compter la petite somme d’une centaine de dollars à débourser. Des amis français luttent littéralement pour rester légalement sur le territoire canadien. Ils doivent absolument trouver un employeur, et ce dernier doit prouver à l’autorité qu’aucun canadien ne dispose des compétences requises pour exercer le poste en question. Pourtant, ces amis sont depuis un certain nombre d’années sur le sol québécois : leur vie et leur avenir, ils ne les voient pas ailleurs. Car oui, ils sont sont intégrer socialement et culturellement : le Québec est leur maison. Peu importe, le gouvernement est détenteur du sort des étrangers sur son territoire.

Alors, les documents et les informations qui alimentaient tous nos fantasmes avant le départ nous reviennent en tête : à l’époque, l’installation dans cette terre d’accueil semblait si simple… Finalement, non : s’établir à long terme à l’étranger est un combat administratif. Il ne suffit pas d’être motivé et engagé pour devenir citoyen du pays. Depuis presque deux ans, le gouvernement québécois a renforcé les obstacles dans sa politique d’immigration, rendant encore plus compliqué la venue des nouveaux arrivants, sous couvert de raison économique.

Le Québec connaît un débat autour de son identité et de sa reconnaissance au sein du Canada, pays dominé par la culture anglophone. Il semble donc dommage de ne pas considérer les immigrants comme richesse culturelle : ils font partie intégrante de la vie du pays et construisent la société dans laquelle ils résident. D’ailleurs, ce constat pourrait être fait dans d’autres pays…

Carine

Louis Theroux et le journalisme gonzo

_51949239_louistherouxandposter

En matière d’exposition des problématiques interculturelles, le documentaire est un genre privilégié. Qu’il s’agisse de présenter les difficultés auxquelles font face des communautés ou tout simplement de représentations de modes de vie différents, il est particulièrement adapté. On remarque toutefois que ce genre, lorsqu’il s’attache à valoriser l’échange culturel, tend à ne présenter que la dimension positive de ces cultures. Les points de vue ainsi exposés sont majoritairement perçus comme légitimes et consensuels et participent d’un sentiment de solidarité certes bienvenu, mais pas systématiquement représentatif.

Les documentaires de Louis Theroux présentent un contrepoint particulièrement intéressant à ce type de reportages dans leur tentative d’exposer des sous-cultures considérées comme au mieux marginales, au pire illégitimes et néfastes. Des communautés xénophobes aux simples pratiques hors-norme, différents modes de vie sont ainsi mis au jour avec un souci d’authenticité et d’ouverture très appréciables. Bien que ces documentaires ne cautionnent pas les opinions qu’ils présentent, ils offrent l’occasion d’en comprendre les logiques internes par l’immiscion dans le quotidien de ces modes de vie.

L’intérêt principal de ce type de journalisme réside dans un style assez peu conventionnel, le journalisme dit « gonzo ». L’élément distinctif de ce genre de reportage est l’inclusion du narrateur dans ce qui fait l’objet de l’enquête. L’immersion totale du journaliste est dès lors encouragée, et offre au spectateur un point de vue interne, et donc non objectif des mœurs étudiées. Si cette absence d’objectivité peut sembler s’éloigner des principes fondamentaux du journalisme, elle permet toutefois de s’extraire de l’imposition de ce qu’on pourrait considérer comme la pensée légitime et consensuelle.

Louis Theroux, journaliste britannique rattaché à la BBC est aujourd’hui une des figures la plus représentative de ce type de journalisme. Parmi ses différents reportages, beaucoup sont à recommander, comme son incursion dans une communauté néo-nazie en Californie (Louis and the Nazis). On retient aussi  ses enquêtes auprès de communautés juives ultra-sionistes (The Ultra Zionists) à Jérusalem, et des groupes partisans de l’apartheid en Afrique du Sud (South Africa).  Theroux fait volontairement preuve d’une naïveté assez sincère lorsqu’il entre en contact avec ces sous-cultures au discours haineux, et c’est là ce qui contribue à l’intérêt de cette méthode d’enquête. La naïveté qui accompagne ses questions encourage la sincérité et facilite l’ouverture et le dialogue de ces groupes. Theroux s’éloigne ainsi de la posture du journaliste moralisateur et se met au contraire dans la position de celui à qui il faut expliquer. Là encore, le journaliste ne cherche pas à cautionner ou justifier les opinions des populations interrogées, mais plutôt à comprendre la logique qu’ils déploient. Ces documentaires se trouvent alors assez terrifiants dans leur exposition finalement presque banale de modes de vie couramment diabolisés.

Le journalisme ainsi mené présente un intérêt assez considérable dans la mesure où il propose un contenu non éditorialisé, non médiatisé. En mettant au jour ces modes de vie marginaux, hors-norme et haineux, le journalisme gonzo permet une exposition riche et terrifiante à ces cultures. En ce sens, il constitue un contrepoint rafraichissant et nécessaire à la représentation bienséante de l’interculturalité.

Emilien Maubant

Julie, enseignante de français : son aventure interculturelle dans l’Empire du milieu

Julie habite au Québec depuis bientôt 9 ans et a la chance de réaliser son rêve chaque jour en enseignant le français langue seconde à l’Université. En 2014, elle répond sur un coup de tête à une offre de poste de professeure de français en Chine et est sélectionnée. Elle nous raconte son aventure de 7 mois dans ce vaste empire du milieu.qufu Chine

L’arrivée, la découverte, la vie

Malgré le choc culturel qui m’attendait à Qufu et malgré la barrière de la langue, étrangement je n’ai rencontré aucune difficulté. Mes 5 semaines de cours de mandarin avant de partir et aussi mon sourire ont facilité mon intégration et m’ont permis aussi de briser la barrière entre l’oriental et l’occidental. Je ne saurais expliquer pourquoi ni comment, mais je vivais comme si j’avais toujours vécu là-bas : quand mes collègues professeurs étrangers prenaient la navette privée des professeurs, je prenais le bus de ville, quand ils allaient au supermarché, j’allais au marché fermier du coin. Il faut dire qu’une jeune occidentale dans une petite ville semi-rurale chinoise dénote un peu et attire les curiosités. Une vieille dame est venue me toucher le bras un jour pour voir ce que ça faisait… Les gens me dévisageaient, me demandaient de faire des photos avec eux et quand la plupart me regardait froidement en me disant « meiguo ren » (l’américaine), il suffisait que je leur réponde en mandarin que j’étais française pour que leur visage s’illumine, qu’ils me posent tout un tas de questions et qu’ils m’emmènent dans leurs magasins ou me fassent goûter leurs produits sur le marché. J’avais ce capital sympathie immédiat, presque injuste, que me procuraient ma nationalité et mes quelques mots de mandarin.

J’ai entendu un peu tout et n’importe quoi avant de partir et je crois que si je n’ai pas vraiment ressenti de gros choc culturel c’est parce que je suis partie dans un état d’esprit particulier. Je voulais tout apprendre, découvrir et expérimenter. Par exemple j’ai testé toutes les nourritures possibles et surtout « la bouffe de rue » alors qu’on m’avait clairement dit de ne pas y toucher. Je pense que mon envie de tout découvrir m’a aussi attiré la sympathie des gens car là-bas, comme on me disait souvent « on n’a pas l’habitude des occidentaux qui viennent ici, qui mangent dans ce genre d’endroit etc… » Je prenais soin aussi de respecter les us et coutumes en terme de respect de la hiérarchie, des gestes à adopter dans certains contextes. Enfin je crois aussi que le fait d’y avoir vécu vraiment, d’y avoir travaillé (mon emploi du temps de professeure était très chargé) m’a obligée à m’adapter tout de suite sans vraiment réfléchir. C’est aussi ça que j’étais venue chercher, faire la touriste ne m’intéressait pas, ce que je voulais vraiment c’était découvrir la Chine, « la vraie », pas celle du papier glacé des revues ni celle des guides touristiques.

Évidemment cela engendre forcément des déconvenues mais pas de déceptions. Malgré toute mon ouverture, j’ai été profondément marquée par le dénuement matériel des étudiants et de l’université. Mais ce qui m’a le plus touchée a été l’empreinte que j’ai laissée à mes étudiants dont certains continuent encore à m’écrire. Je suis rentrée plus riche que jamais.julie_Chine

Oui, mais maintenant?

Ces 7 mois à l’autre bout du monde auront changé ma vie indubitablement mais auront aussi conforté les valeurs que j’avais déjà en moi. J’ai toujours eu une certaine conscience environnementale, une volonté de ne pas trop consommer etc… Mais vivre 7 mois avec seulement 1 valise et être confrontée aux conditions de vie des étudiants modifie forcément votre façon de vivre. Finalement ce voyage m’a fait revenir à l’essentiel, m’a aidée à lâcher prise et à abandonner le superflu. Je ne me suis jamais sentie aussi seule qu’à mon départ pour la Chine alors que je sortais tout le temps et avais tant de contacts dans mon répertoire.

Ce qui a changé? Ce serait la déconnexion. Moi qui me suis souvent sentie à part, je me sens encore plus éloignée à présent. Les relations virtuelles, les amitiés virtuelles, les likes, les applications, les gens qui n’ont jamais le temps pour vous mais qui ont toujours le temps pour les réseaux sociaux, la peur du rien, cette peur du vide, ce remplissage qui rassure… Tout ça me dépasse.

Je suis peut-être devenue une étrangère mais étrangement je ne me suis jamais sentie aussi bien.

Julie

Retrouvez l’intégralité du périple de Julie sur son blog lilie-en-chine.weebly.com

AP2i au jeudi de la MIE : c’est le PIEED

Jeudi 25 Février 2016, AP2i a présenté ses actions et les projets soutenus par le PIEED.

PIEEDCe moment d’échange a permis de faire découvrir les initiatives étudiantes dans le développement. 

AP2i et l’organisme Etudiants et développement ont pour objectif de promouvoir l’initiation aux principes de solidarité internationale.

pieed2Régulièrement, l’équipe AP2i intervient auprès des étudiants et sensibilise aux problématiques d’interculturalités.

 

 

https://www.facebook.com/events/1521659494801329/
http://www.etudiantsetdeveloppement.org/article/venez-prendre-votre-pieed-le-25-fevrier

 

Vive le nouvel an chinois !

Mardi 8 février 2016, le monde entier célébrait le nouvel an chinois et le dimanche 14 nouvel an chinoisfévrier, Paris fêtait l’événement avec sa parade annuelle. Une belle preuve de diversité régnait sur les pavés ce jour là : les spectateurs venus de tout horizon ont apprécié le défilé haut en couleur, se mêlant parfois à la parade. Dans un décor typique parisien, les lions et dragons prenaient place, suivis par les tambours, pendant que des enfants en kimono de karaté présentaient leur chorégraphie d’art martial apprise pour l’occasion. Sans oublier évidemment, les jeunes femmes se dandinant du haut de leur camion sur les airs de chants traditionnels Kmers (diversité des cultures jusqu’au bout). Et pour finir l’après-midi, le public pouvait déguster un Nian Gao (littéralement gâteau de l’an). nouvel chinois

Clichés ou pas, cet événement reflète merveilleusement le mélange de la culture asiatique et européenne. A AP2i, on aime !

The Revenant, respect et authenticité

revenant2015

Le 28 janvier 1973, à la 30ème cérémonie des Oscars, Marlon Brando remporte le prix du meilleur acteur pour sa performance mythique dans The Godfather. Il n’est toutefois pas présent pour accepter la statuette, Sacheen Littlefeather, une amérindienne et amie,  la refuse en son nom. Elle présente plutôt un bref discours et dénonce le traitement pitoyable de la culture amérindienne dans les médias américains. Elle sera huée, applaudie; la petite histoire racontera même que John Wayne a dû être retenu de ne pas jeter la jeune femme hors de la scène.

Quarante-trois ans plus tard, Leonardo DiCaprio accepte le Golden Globe du meilleur acteur pour son rôle dans The Revenant. Vers la fin du discours, il appelle à une reconnaissance et une protection des Premières Nations et des communautés autochtones. La sortie du film, maintenant primé aux Oscars, présente l’occasion de revenir sur la relation difficile entre l’industrie du cinéma et les amérindiens.

S’il est un genre qui aura permis d’asseoir l’imposition d’Hollywood, c’est bien le western des années 40 et 50. Ces films, bons ou mauvais, ont développé l’habitude de présenter les amérindiens comme antagonistes. Plus de 4000 films ont ainsi attribué ce rôle aux populations autochtones. Alors dépeints comme des sauvages agressifs et primitifs, ils permettent à l’industrie du cinéma de justifier dans l’imaginaire collectif la brutalité qui a été infligée à ces populations. On y représente les blancs, tentant d’établir une civilisation, en minorité, sous les attaques incessantes des « sauvages ». Il s’agit dès lors d’une justification romancée du massacre des amérindiens pendant plus de trois siècles de l’histoire américaine.

Cette représentation se trouve contrastée par le mythe du « noble sauvage », tout aussi présent dans l’industrie du cinéma. De Pocahantas à Danse avec les Loups en passant par Le Dernier des Mohicans, la formule est toujours la même : la sédition d’un homme blanc, souvent militaire, pour embrasser la culture plus noble, plus sage, des populations autochtones. Si ces films peuvent être critiqués pour la binarité qu’ils imposent entre ces modes de vie, la volonté de présenter la culture autochtone de façon plus humble, fidèle et respectueuse est à louer.

En ce sens, The Revenant réussit un coup d’éclat. Sans tomber dans la mièvrerie du mythe de l’homme sauvage, il présente une image forte et juste de la résistance des tribus amérindiennes face à l’invasion des colons anglais et français. Loin des stéréotypes auxquels nous sommes maintenant habitués, tant par les représentions positives que négatives, le film nous met plutôt face à un peuple qui lutte pour sa survie par une cohabitation inégale. À l’inverse de Danse avec les loups, The Revenant refuse toute instrumentalisation de cette culture en vue d’une sorte d’anoblissement du personnage. Au contraire, le film trace le parallèle entre deux quêtes de justice face à la brutalité gratuite infligée par les colons envers les Premières Nations. Le film a eu la bonne idée de ne pas chercher à opposer ces cultures, et cherche plutôt simplement à dépeindre avec réalisme et authenticité  la pugnacité d’un peuple envahi. Par ailleurs, Alejandro Iñárritu évite l’amalgame d’un simple « peuple » amérindien et met plutôt en scène plusieurs tribus, comme les Arikara, les Sioux et les Pawnees, en respectant le dialecte de chacune.

La relation entre les États-Unis et les communautés autochtones demeure encore aujourd’hui complexe et inachevée. La célébration annuelle de Thanksgiving a pour origine un remerciement envers les populations autochtones, mais cette signification est le plus souvent oubliée. On dénombre aujourd’hui plus de cinq millions d’amérindiens aux États-Unis, un tiers d’entre eux vivent dans des réserves, dans lesquelles les conditions de vie sont très problématiques. Environ 30% des amérindiens vivent sous le seuil de pauvreté, et le chômage touche trois-quarts de la population active. Enfin, la reconnaissance de la souveraineté des tribus sur leurs territoires est une lutte toujours constante avec le gouvernement américain.

Si la question de la représentation des Premières Nations au cinéma ne rend pas compte de l’étendue des problèmes vécus par ces populations, on ne peut toutefois que se réjouir de la volonté de reconnaître enfin l’histoire et l’héritage de ces cultures. The Revenant marque en ce sens un pas dans la bonne direction.

Emilien Maubant

Palestine d’aujourd’hui, Palestine de demain ?

L’Institut du Monde Arabe propose actuellement (du 18 février au 20 mars) une exposition sur la Palestine par le biais de quatre jeunes artistes, Larissa Sansour, Khaled Jarrar, Bashir Makhoul et Shadi Al Zaqzouq.

Malgré sa petite taille, l’exposition est poignante et tente de réaffirmer un droit d’existence sur une terre tiraillée et débattue. À peine le spectateur franchit le pas de la première place qu’il se retrouve face à un énorme mur qui le bloque et le déconcerte, sur lequel se découpe la géographie de la Palestine.

11694961_10205665722113691_622810081903822955_nUne fois ce mur contourné, ou dirais-je franchi avec autorisation tels les check-points, une série de documentaires est diffusée qui relate le quotidien des palestiniennes et les difficultés qu’implique un tel mur, notamment les séparations familiales. Après une telle entrée en matière, on souffle, ou du moins on tente. L’univers de Larissa Sansour nous embarque dans un art futuriste, par lequel l’artiste illustre la situation actuelle sur un fond de science fiction.

Enfin, Bashir Makhoul questionne l’occupation en reconstruisant le territoire palestinien à l’aide de boites en carton, et invite le spectateur – muni d’un stylo – à prendre position en annotant ces dernières.

I.A.