Julie, enseignante de français : son aventure interculturelle dans l’Empire du milieu

Julie habite au Québec depuis bientôt 9 ans et a la chance de réaliser son rêve chaque jour en enseignant le français langue seconde à l’Université. En 2014, elle répond sur un coup de tête à une offre de poste de professeure de français en Chine et est sélectionnée. Elle nous raconte son aventure de 7 mois dans ce vaste empire du milieu.qufu Chine

L’arrivée, la découverte, la vie

Malgré le choc culturel qui m’attendait à Qufu et malgré la barrière de la langue, étrangement je n’ai rencontré aucune difficulté. Mes 5 semaines de cours de mandarin avant de partir et aussi mon sourire ont facilité mon intégration et m’ont permis aussi de briser la barrière entre l’oriental et l’occidental. Je ne saurais expliquer pourquoi ni comment, mais je vivais comme si j’avais toujours vécu là-bas : quand mes collègues professeurs étrangers prenaient la navette privée des professeurs, je prenais le bus de ville, quand ils allaient au supermarché, j’allais au marché fermier du coin. Il faut dire qu’une jeune occidentale dans une petite ville semi-rurale chinoise dénote un peu et attire les curiosités. Une vieille dame est venue me toucher le bras un jour pour voir ce que ça faisait… Les gens me dévisageaient, me demandaient de faire des photos avec eux et quand la plupart me regardait froidement en me disant « meiguo ren » (l’américaine), il suffisait que je leur réponde en mandarin que j’étais française pour que leur visage s’illumine, qu’ils me posent tout un tas de questions et qu’ils m’emmènent dans leurs magasins ou me fassent goûter leurs produits sur le marché. J’avais ce capital sympathie immédiat, presque injuste, que me procuraient ma nationalité et mes quelques mots de mandarin.

J’ai entendu un peu tout et n’importe quoi avant de partir et je crois que si je n’ai pas vraiment ressenti de gros choc culturel c’est parce que je suis partie dans un état d’esprit particulier. Je voulais tout apprendre, découvrir et expérimenter. Par exemple j’ai testé toutes les nourritures possibles et surtout « la bouffe de rue » alors qu’on m’avait clairement dit de ne pas y toucher. Je pense que mon envie de tout découvrir m’a aussi attiré la sympathie des gens car là-bas, comme on me disait souvent « on n’a pas l’habitude des occidentaux qui viennent ici, qui mangent dans ce genre d’endroit etc… » Je prenais soin aussi de respecter les us et coutumes en terme de respect de la hiérarchie, des gestes à adopter dans certains contextes. Enfin je crois aussi que le fait d’y avoir vécu vraiment, d’y avoir travaillé (mon emploi du temps de professeure était très chargé) m’a obligée à m’adapter tout de suite sans vraiment réfléchir. C’est aussi ça que j’étais venue chercher, faire la touriste ne m’intéressait pas, ce que je voulais vraiment c’était découvrir la Chine, « la vraie », pas celle du papier glacé des revues ni celle des guides touristiques.

Évidemment cela engendre forcément des déconvenues mais pas de déceptions. Malgré toute mon ouverture, j’ai été profondément marquée par le dénuement matériel des étudiants et de l’université. Mais ce qui m’a le plus touchée a été l’empreinte que j’ai laissée à mes étudiants dont certains continuent encore à m’écrire. Je suis rentrée plus riche que jamais.julie_Chine

Oui, mais maintenant?

Ces 7 mois à l’autre bout du monde auront changé ma vie indubitablement mais auront aussi conforté les valeurs que j’avais déjà en moi. J’ai toujours eu une certaine conscience environnementale, une volonté de ne pas trop consommer etc… Mais vivre 7 mois avec seulement 1 valise et être confrontée aux conditions de vie des étudiants modifie forcément votre façon de vivre. Finalement ce voyage m’a fait revenir à l’essentiel, m’a aidée à lâcher prise et à abandonner le superflu. Je ne me suis jamais sentie aussi seule qu’à mon départ pour la Chine alors que je sortais tout le temps et avais tant de contacts dans mon répertoire.

Ce qui a changé? Ce serait la déconnexion. Moi qui me suis souvent sentie à part, je me sens encore plus éloignée à présent. Les relations virtuelles, les amitiés virtuelles, les likes, les applications, les gens qui n’ont jamais le temps pour vous mais qui ont toujours le temps pour les réseaux sociaux, la peur du rien, cette peur du vide, ce remplissage qui rassure… Tout ça me dépasse.

Je suis peut-être devenue une étrangère mais étrangement je ne me suis jamais sentie aussi bien.

Julie

Retrouvez l’intégralité du périple de Julie sur son blog lilie-en-chine.weebly.com

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