Ce que les 400 vues me donnent à voir et à penser

– par Jérémie Duhauga, étudiant en philosophie

AP2i travaille pour l’interculturalité dans l’espace euro-méditerranéen et Les 400 vues est une exposition de 400 photographies d’une seule et même ville. On peut donc légitimement se demander en quoi ce projet si local, si focalisé sur la capitale française, correspond bien aux ambitions de l’association qui l’a mis en place. N’aurait-il pas été plus pertinent de demander à des photographes de fournir des clichés de leurs propres villes, de nous donner à voir leurs propres cultures « en situation » ? L’exposition aurait sûrement été plus variée, plus colorée, plus exotique, mais peut-être l’interculturalité ne commence-t-elle véritablement que là ou l’exotisme prend fin ; car que serait-il advenu de la communication entre les cultures dans une exposition qui aurait tout aussi bien trouvé sa place dans un musée d’anthropologie ?

Ce que montre nettement cette exposition et le travail d’AP2i, c’est que l’interculturalité ne consiste pas en une connaissance uniquement extérieure de la culture d’autrui (il ne s’agit pas seulement de savoir « qu’ailleurs ils font comme ça »), et le projet des 400 vues en met en pratique une conception beaucoup plus forte et politique. Par le choix d’un espace neutre : Paris, et l’élaboration d’un projet commun : photographier cette ville que chaque participant a découverte à l’occasion de la rencontre, AP2i nous donne à voir et à penser une interculturalité aussi éloignée de l’exaltation de la différence pour la différence que de l’absorption des cultures locales dans une super-culture globale. En effet, c’est dans un espace commun que la culture de l’autre m’est donnée à voir, et non plus chez lui. Ainsi, sa culture ne m’apparaît plus « en situation » et de manière pittoresque, mais devient un élément d’une situation toute nouvelle et à construire ensemble. C’est l’égalité de la découverte qui permet la neutralité de l’espace à découvrir, et c’est seulement dans un tel espace que la communication peut commencer sans qu’aucun ne regarde l’autre comme une pièce de musée ou un objet folklorique.

Rien ne pouvait donc être plus adapté aux ambitions d’AP2i que de traiter Paris comme un espace commun à éclater dans le regard de chacun et à reconstruire ensemble à travers une exposition collective, et dans lequel chacun aurait autant à apporter que tous les autres. Choisir de photographier Paris depuis cette variété d’ancrages culturels, multiplier les point de vue sur cet objet commun, c’est assumer le refus de faire se rencontrer des clichés, des caricatures de mœurs et de valeurs, c’est assumer que l’interculturalité concerne avant tout des personnes qui ont eu la chance de ne pas grandir ensemble.

Reza et sa photographie, un regard sur autrui

Le 13 avril dernier, la Cité Internationale Universitaire de Paris organisait une conférence autour du photo-journaliste Reza. Le Meet & Tweet mis en œuvre permettait d’écouter cet humaniste aborder “l’image de l’autre” et son ambition de “permettre à chacun de devenir acteur de sa propre vie, et montrer les singularités de tous pour nous rendre indifférent aux différences.” AP2I était présent à l’intervention de ce philosophe inspirateur et voici ce que nous en avons retenu.

D’origine Iranienne, ce partisan de la paix a voyagé à travers la planète pour saisir des regards émouvants. Les portraits qu’il réalise sont publiés entre autres dans le National Geographic et sont reconnus pour leur caractère saisissant. Il a la volonté de mettre en valeur les diverses cultures afin de les faire dialoguer. “Le thème de l’image de l’autre, c’est ce que je fais constamment. Pour moi les médias sont un moyen d’expliquer l’image de l’autre” narrait-il. Chacun de ses reportages est pour lui une manière de transmettre ce qu’il a appris à travers ses rencontres.

L’image comme langage universel

Reza envisage la photographie comme un moyen d’expression pouvant être compris à travers le globe. Rappelons-nous l’épisode biblique de la Tour de Babel qui raconte comment les hommes ont voulu construire une immense tour et comment, pour les punir de leur vanité, ils ont été condamnés à ne plus se comprendre, séparés par de multiples langages. L’animateur demande à Reza s’il est possible, grâce à l’image, d’outrepasser ce fameux mythe de désunification linguistique. Il répond que celle-ci prend de plus en plus d’ampleur et pourrait mener à une compréhension commune. Le photographe fait alors référence à l’utilisation frénétique de smileys dans les conversations et nous démontre que, de nos jours, bien après les hiéroglyphes, des signes résistent. Il s’agit selon lui d’une preuve que nous allons vers une civilisation où l’image devient essentielle pour communiquer.
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“Pour moi l’image est la plus grande langue que l’humanité ait jamais connue, elle devient un langage universel, on peut aussi bien montrer des images au Japon, en Chine, en Afrique, en Amérique centrale, pour que les gens aient le même genre de conversation. C’est l’histoire des êtres qui m’intéresse. J’essaye dans mon travail de m’effacer en tant que photographe, de façon à ce que quand quelqu’un regarde une image, il ne pense pas au photographe qui a fait la photo mais la personne qui est en face de lui. C’est créer ce face à face qui m’importe.”

Bien entendu, il ne nie pas que certaines cultures ont des codes différents, notamment pour les couleurs. Le blanc en Corée et en Chine correspond au deuil et non au mariage, ce qui mène parfois à des confusions interculturelles. Selon l’éducation et la culture, l’interprétation d’une image et toute sa symbolique peut aussi sensiblement varier. Reza est néanmoins certain qu’elle peut être lue par tous, même si parfois certains signes seront décryptés différemment.

Le langage ordinaire nécessite l’apprentissage d’un alphabet, pour celui de l’image il est utile de s’approprier les techniques photographiques. En ce qui concerne le temps requis pour les assimiler, il explique que l’appareil photo est comme un instrument de musique, ainsi, certains apprendront plus rapidement. “C’est pas l’appareil, c’est aussi tout ce que vous avez dans le cœur qui importe”.

Pour lui, les enfants devraient avoir la possibilité de s’exprimer à travers la photo afin qu’ils nous livrent, sans mots, leur histoire. “Je ne suis pas venu à la photographie par l’amour de l’art, c’est à un moment, à 9-10 ans, je voyais des scènes dans ma rue et je voulais les montrer aux gens.”

L’image pour aider l’autre

Reza milite pour la paix et l’entente entre les peuples et se sert de l’image afin de mener des actions altruistes. Il a notamment œuvré à réunir des enfants et leur famille séparés par l’exode qui a suivi le génocide du Rwanda. Sur 12 000 enfants pris en photographie, 3500 ont retrouvés leurs parents grâce à son projet. “La photographie va au-delà de ce que l’on voit et ce que l’on comprend. C’est en train de créer une nouvelle ère de résistance. Combien d’actions ont été menées grâce à la photo ? Combien de personnes ont changé leurs avis sur des événements en voyant des photographies ?” Il croit au pouvoir mélioratif de la photographie sur l’humanité.

Il a également fondé l’ONG AINA pour former aux médias des femmes afghanes. Grâce à cette institution, un journal des femmes a été conçu ainsi qu’une radio, un magazine pour enfants et un cinéma itinérant allant de villages en villages.

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Convaincu que l’image est un outil communicationnel essentiel, il offre des formations à l’image aux jeunes. Ainsi il a transmis sa passion à des adolescents de banlieues défavorisées dont Toulouse (Mirail).Peu de gens savent ce qui se passe dans les banlieues autour desquelles ils vivent. Les gens disent que c’est risqué d’aller dans ces quartiers. Après six mois de formation, les jeunes montrent des photos d’une poésie incroyable et ceux qui les regardent se disent “c’est comme chez nous”. C’est ça qui est important, c’est de créer ce lien social. Les banlieues ce sont les crises d’identité, la photo permet de dépasser cela.” Un dialogue peut être engendré par l’image pour évincer les préjugés.

En Syrie, en Irak ou encore au Kurdistan, c’est à des enfants de camps de réfugiés qu’il s’est attaché. En leur apprenant à photographier leur quotidien pour relater ce qu’ils vivent, il a trouvé le moyen de mettre en lien les individus par des histoires dont la compréhension traverse les frontières.

Gandhi, Mandela, Massoud sont des figures vertueuses qui l’inspirent. Le photographe est convaincu que l’individu, à son échelle, peut changer le monde.

L’image pour un dialogue interculturel

20110624Avant tout, Reza est à l’écoute des personnes qu’il rencontre et se plaît à narrer des anecdotes marquantes, notamment celle du garçon qui avait planté un grain et tenait une plante en germe “Je lui ai demandé ce qu’il voulait en faire il a dit “je vais en faire un arbre” alors qu’il n’y avait plus d’arbres dans le village, tout avait été détruit. C’est grâce à ces petites rencontres dans les rues, que les gens deviennent vos maîtres à penser.” Ses photographies aspirent à relayer ces fables du réel.

Au cours de ses expéditions, il a rencontré des communautés religieuses qui se respectaient mutuellement. Des chrétiens et juifs qui cassaient le ramadan avec des musulmans autour d’un dîner tous ensemble “Ce genre de vie entre différents groupes, ça existe et c’est possible. Ceux qui parlent de paix universelle ne sont pas des rêveurs !” Il avait réuni trois enfants de Jérusalem pour un cliché : un chrétien, un musulman et un juif qui se nommaient tous selon le prophète Abraham, fondateur des trois religions.

Les relations interreligieuses ne sont pas une utopie, il est possible de “vivre en paix, vivre ensemble.”

Pour atteindre le concept de l’intégration “la première chose à faire c’est de laisser chaque personne s’épanouir dans sa culture. Si cet épanouissement se fait dans le respect, tous seraient enrichis et pourraient en sortir le meilleur. À partir du moment où l’on va contraindre quelqu’un à ne pas épouser sa culture, on crée une frustration. Tout ça n’est que méconnaissance de l’autre. C’est peut-être par l’image que l’on peut se faire connaître différemment”

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AP2I partage les valeurs et convictions véhiculées par ce prodige de la création visuelle. Le projet les “400 vues” vise à favoriser un échange interculturel par la photographie.

Le discours de Reza plein de sagesse est sans conteste captivant. Durant un instant poignant de la présentation, sur l’écran apparaît la formule “ART IS THE SOLUTION”. Reza poursuit “mais avant tout” puis la diapositive change et deux lettres sont ajoutées : “HEART IS THE SOLUTION.”

Son site : http://www.rezaphoto.org/

Les 400 vues pour sortir des sentiers battus

Le photographe Eric Fischer réalise des cartes des grandes villes du monde entier et utilise une technique toute particulière pour comprendre les dynamiques de ces espaces urbains. Il observe les différents endroits de ces villes ayant été géo-localisées par les touristes lorsque ceux-ci prennent des photographies. Par cette accumulation de photos, il nous révèle quels sont les lieux les plus fréquentés!

Les zones en rouge sur la carte de Paris sont donc celles qui concentrent une masse importante de touristes et locaux.

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Durant les 400 vues, les participants seront amenés à découvrir les quartiers les moins visités pour offrir un autre regard sur la capitale, loin des clichés des principaux monuments. La carte de Paris réalisée par Eric Fischer nous aidera donc à repérer les endroits… à éviter!

Sur Flickr

Un partenariat avec le FIAP

Le FIAP (Foyer International d’Accueil de Paris) est officiellement notre partenaire pour les 400 vues ! Ce sera donc au coeur du 14ème arrondissement que les participants seront hébergés.

Quoi de mieux que cette institution qui partage les mêmes valeurs de tolérance et vise à promouvoir le dialogue interculturel ?

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Durant cette résidence les jeunes photographes organiserons des dîners interculturels avec l’aide du chef cuisinier Nicolas Herbez, déjà enjoué par cette idée, afin de faire découvrir leurs cultures et leur art de la table. D’autres activités culturelles du FIAP leur seront également proposées comme des inaugurations d’expositions, des projections de documentaires, des initiations aux danses du monde.

 

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La Tour des Dames, un partenaire pour les 400 vues

La Tour des Dames est l’un de nos partenaires principaux pour les 400 vues.

Ce centre d’animation propose de nombreuses activités de nombreuses activités sur son site, équipe de salles d’exposition et d’installations sportives.

Grâce à l’équipe de ce centre, les jeunes photographes bénéficieront d’un environnement plaisant pour certains moments de la rencontre de Juin 2015, notamment le Café Labo  » Etre jeune et réaliser un projet interculturel euro-méditerraneén le 27 juin.

 

Par la suite, la Tour des Dames exposera des photographies du 1er mars au 30 avril
2016 puis davantage lors de la Fête de l’Europe le 9 mai 2016.

14-18 rue de la Tour des Dames
75009 Paris
Métros : Trinité d’Orves (L12) // Auber/Opéra (L3-7-8-A)

Centre d’animation Tour des Dames

 

Le thème de l’urbanité au cœur du projet Les 400 vues

En avril 2014, l’experte en géographie Flaminia Paddeu publie dans le magazine en ligne Urbanités un article au sujet du territoire urbain. Le projet Les 400 vues étant orienté sur cette thématique, il est intéressant de découvrir sa réflexion à ce propos.

Qu’est-ce qu’un territoire urbain ?

« Je crois, en effet, que si le territoire peut être défini objectivement, la territorialité, elle, est d’abord un sentiment ; ce qui explique pourquoi, à mon sens, cette notion est centrale dans l’étude de la ville. » Roncayolo, 2011

QU’EST CE QU’UN TERRITOIRE URBAIN ?

« En philosophie, les questions de terminologie sont importantes. Comme l’a dit un philosophe pour qui j’ai le plus grand respect, la terminologie est le moment poétique de la pensée. » (Agamben, 2007). Dans les études sur l’urbain la terminologie aussi est importante : se demander ce qu’est un territoire urbain ne revient pas à se demander ce qu’est la ville ou l’espace urbain. Avant toute chose c’est la notion de territoire qui doit être explorée. Moins désincarné et moins objectif que le terme d’espace, le terme de territoire se définit par sa matérialité et par son appropriabilité. Il s’agit en effet de quelque chose qui existe, de concret, qui commence et se termine, que l’on peut dessiner et cartographier ; de même, le territoire est toujours celui de quelqu’un, ni strictement individuel ni entièrement collectif (Roncayolo, 2011). Le territoire apparaît ainsi comme une portion d’espace terrestre, envisagée dans ses rapports avec des groupes humains qui l’occupent et l’aménagent, en vue d’assurer la satisfaction de leurs besoins (Elissalde, 2004).

Or la modalité de cette occupation et aménagement par les groupes humains – c’est-à-dire en fait l’habiter – prend depuis l’origine, et de manière croissante aujourd’hui, une forme urbaine, soit la forme d’un agrégat de population dense. Pour les historiens, les juristes, les politistes, comme pour les premiers chroniqueurs urbains, la ville désigne une forme d’organisation politique des sociétés (la polis au sens de cité) qui correspond à l’appropriation et au contrôle d’un territoire (Duby, 1985). Pour les géographes, cette appropriation du territoire par la ville se fait à deux échelles, celle du territoire de la vie quotidienne (la ville), et celle des territoires du contrôle politique et économique (les réseaux de villes) (Pumain et alii, 2007). Il faut veiller à distinguer dans ces définitions deux éléments, qui conjointement définissent la ville : une concentration d’habitants et un territoire géographiquement restreint. Au final, on peut donc entendre par « territoire urbain » l’espace occupé par la dimension matérielle d’une ville et approprié par ses acteurs, aussi bien pour la satisfaction de leurs besoins quotidiens, que pour en permettre un contrôle politique et économique. Le territoire urbain, comme la ville, est alors un lieu d’habitat dense, caractérisé par une société différenciée, une diversité fonctionnelle, une capitalisation et une capacité d’innovation qui s’inscrivent dans de multiples réseaux d’interaction (ibid.).

PRÉROGATIVES, LIMITES ET COMPLEXITÉ DU TERRITOIRE URBAIN : VERS LA DÉTERRITORIALISATION ?

Défini de la sorte, quelles sont alors les prérogatives de ce territoire urbain ? Il a d’abord la prérogative de la centralité en termes d’échanges. Traditionnellement, la survie du territoire urbain dépend donc de l’échange des biens et des services contre des denrées agricoles, nécessaires à la subsistance de sa population. S’il y a centralité c’est que l’échange entre ville et campagne est toujours un échange inégal, les produits manufacturés étant surévalués par rapport aux denrées alimentaires (Fernand Braudel, 1979). En termes de services, le territoire urbain spécialisé exerce aussi des fonctions centrales pour une région environnante (Christaller, 1933). À l’ère de la mondialisation, le territoire urbain est un point-clé des échanges mondiaux parmi les autres territoires urbains, en termes d’échanges de biens, de services, d’informations avec ses semblables. Ensuite, le territoire urbain est aussi traditionnellement le lieu d’exercice de pouvoirs : qu’il soit à l’origine d’ordre religieux ou politique, ce pouvoir s’accompagne d’un privilège économique et territorial, qui confère aux dirigeants de la ville un ascendant sur le territoire environnant et ses populations.

Justement, sa centralité et sa capacité à exercer et abriter le pouvoir pose cette question : où s’arrête le territoire urbain ? Avant d’en définir ses limites, il faut d’abord comprendre cette articulation : le territoire urbain est spatialement intrinsèquement limité, mais il est contraint de sortir de ses limites. Puisque la ville est par définition dense et continue, cela implique qu’elle ne puisse produire, sur la surface limitée qu’elle occupe, la totalité des ressources alimentaires dont ses habitants ont besoin. Il y a donc à l’origine, une impossibilité à l’autonomie, liée à la disproportion entre la concentration d’habitants et le territoire forcément restreint qui est occupé. Tant que les constructions urbaines ont été contenues dans des enceintes, il était possible de confondre la notion de ville avec celle du territoire municipal d’une commune. Si l’extension spatiale venait à déborder les murs, ou les frontières juridiques du territoire urbain, il était fréquent de réajuster ces limites sur celles de l’espace bâti continu, car la croissance demeurait assez lente. Avec la révolution industrielle et l’explosion urbaine du XIXème siècle, le débordement des faubourgs et des banlieues sur les localités voisines s’est généralisé. Ce n’est cependant qu’après la Seconde guerre mondiale que les instituts de statistique se sont saisis du problème de la dissociation croissante entre l’entité juridique et politique, municipale, de la ville, et sa réalité sociologique, économique et géographique. Autrement dit, elles ont pris conscience de la nécessité de passer de la conception de la ville à celle du territoire urbain. Plusieurs pays ont ainsi été amenés, soit à réaliser d’importantes fusions de communes, comme par exemple au Japon, en Suède ou en Allemagne de l’Ouest, soit à définir de nouvelles entités statistiques, en s’affranchissant des limites administratives, pour coller avec la réalité du territoire urbain. Ainsi, c’est non pas la limite administrative, mais plutôt la fin de la continuité du bâti et de la densité humaine qui signe la limite du territoire urbain.

Mais aujourd’hui les territoires urbains sont de plus en plus vastes et complexes, d’où l’avènement de la notion de territoire métropolitain, utilisé dans le cas des grandes villes insérées dans la mondialisation. C’est donc désormais en termes de mobilités, de réseaux qu’il faut penser le territoire urbain, non plus aréolaire, mais réticulaire (Dupuy, 1991). L’action publique urbaine se trouve alors prise dans un faisceau d’enjeux potentiellement contradictoires : il s’agit d’exister dans la nouvelle compétition interurbaine, de favoriser le développement économique, tout en garantissant la cohésion sociale du territoire et le respect de l’environnement, selon un nouvel impératif de durabilité. Dans ces conditions, il s’agit de réfléchir à des réponses et à des échelles d’action adaptées au territoire, puisque la mondialisation et la métropolisation, par l’émergence d’un marché mondial, la financiarisation, l’affaiblissement de la capacité financière de la puissance publique etc., modifient sensiblement les pratiques de production du territoire urbain. Ces tendances lourdes entrent alors en contradiction avec une gestion locale et sur mesure des enjeux territoriaux, posés sous l’angle des territoires de vie. Ainsi, le territoire urbain, comme substrat de la localisation des activités humaines, peut sembler dépassé, incitant à évoquer un processus de déterritorialisation. La déterritorialisation est un synonyme d’affaiblissement des contraintes physiques de localisation, et se manifeste par exemple dans les dynamiques de délocalisation/relocalisation des entreprises, ou dans les dynamiques propres du cyberespace et des transactions immatérielles. Elle signifie aussi l’affaiblissement des identités territoriales à l’heure de la globalisation, pouvant susciter, en réaction, une demande sociale accrue de local.

DU TERRITOIRE URBAIN A LA TERRITORIALITÉ URBAINE : APPROPRIATION ET APPARTENANCE

C’est en tant qu’elle est appropriable que la ville peut être considérée comme un territoire urbain. S’il est approprié, il l’est à la fois par quelqu’un, de manière individuelle, et par un sujet collectif. D’une part, le territoire urbain est le support d’un collectif et de communautés, d’un gouvernement politique ; d’autre part il suscite un sentiment d’appartenance ; et enfin, il est un lieu de pratiques, dans lequel nous vivons et où nous nous sentons chez nous : appartenance et appropriation sont les deux modalités du rapport des acteurs au territoire urbain. Le territoire urbain nous appartient, autant que nous lui appartenons, en tant que nous y sommes matériellement, politiquement, administrativement, économiquement et affectivement liés : c’est un territoire parcouru et vécu (Frémont, 1976). Il est alors question de conflits, de négociation ou d’aménagements liés aux usages multiples d’une même portion du territoire urbain. C’est dans le cadre de ce rapport que l’on peut envisager le sentiment de territorialité (Roncayolo, 2011) induit par une existence au sein d’un territoire urbain.

Flaminia PADDEU

Flaminia Paddeu est enseignante (ATER) à l’Université Paris IV-Sorbonne et doctorante en géographie au laboratoire ENeC (Espaces, Nature et Culture). Ancienne élève de l’Ecole Normale Supérieure de Lyon et agrégée de géographie, elle travaille aujourd’hui sur la mobilisation civique environnementale dans les quartiers en crise urbaine aux États-Unis (Detroit/New York).

Bibliographie

AGAMBEN G., 2007, Qu’est-ce qu’un dispositif ?, Payot, Rivages, 50 p.

BRAUDEL F., 1979, Civilisation matérielle, économie et capitalisme (15ème-18ème siècles), Armand Colin, 736 p.

CHRISTALLER W., 1933, Die zentralen Orte in Süddeutschland, Iéna, université d’Iéna,.

DUBY G., 1985, Histoire de la France urbaine (tome 5), Seuil, 668 p.

DUPUY G., 1991, L’urbanisme des réseaux, Armand Colin, 198 p.

ELISSALDE B., 2004, « Territoire », Hypergéo.

FREMONT A., 1976, La Région, espace vécu, Flammarion, 288 p.

RONCAYOLO M. & CHESNEAU I., 2011, L’abécédaire de Marcel Roncayolo, introduction à une lecture de la ville. Entretiens avec Marcel Roncayolo, InFolio, 607 p.

PUMAIN D., PAQUOT T. & KLEINSCHMAGER R., 2007, Dictionnaire La ville et l’urbain, Anthropos-Economica, 2007, 320 pages.

Le programme européen Erasmus + soutient “Les 400 vues” !

Nous sommes enchantés que notre projet “Les 400 vues” soit retenu par le jury
d’Erasmus + .

Ce programme européen finance, entre autres, des projets de rencontres européennes
de jeunes afin de développer le dialogue et la compréhension entre les cultures.

Ainsi, cette subvention participe à concrétiser la rencontre photographique « les 400 vues » entre vingt jeunes, originaires de cinq pays euro-méditerranéens, du 15 au 28 juin à Paris.

Les participants livreront leur vision de la capitale, loin des clichés habituels et des monuments historiques. Ce sera une façon pour eux de nous faire découvrir la ville d’une manière plus personnelle, en s’y impliquant artistiquement et émotionnellement.

Nous remercions le programme européen pour son soutien.

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Un nouveau drame atroce en Méditerranée

AP2i est consterné par les naufrages réguliers d’êtres humains survenant en mer Méditerranée. L’Union européenne ne se positionne pas de façon claire pour le sauvetage et l’accueil de ces multiples exilés qui mettent leurs vies en péril afin de fuir leur pays aux conditions plus que difficiles.

Le Réseau Euromed France, une organisation non gouvernementale, œuvre pour le développement des sociétés civiles des pays du bassin euro-méditerranéen.
Cette association a à cœur d’agir pour la cohésion et l’entraide entre les nations de cette zone. La question de la migration lui est alors primordiale.

Suite  aux derniers événements tragiques, le REF a diffusé un communiqué qu’il nous semble essentiel de relayer. En tant que membres du REF et association qui valorise « le vivre ensemble », ainsi que la solidarité entre les peuples et les cultures, cette catastrophe nous a profondément bouleversés.

Le festival interculturel, une harmonie artistique entre les cultures

Du 14 au 16 avril, s’est déroulé le festival interculturel porté par le centre interculturel de Vincennes Saint-Denis (CIVD). Cet événement organisé sur le campus de Paris 8 valorise la diversité et met chaque année à l’honneur la créativité. C’est l’occasion de découvrir de multiples expositions de photographie, d’arts graphiques mais aussi des concerts, du théâtre, des films ou encore de la danse. L’objectif est de réunir des personnes de différents pays autour de la thématique de la mixité sociale.

Lors de cette édition, par exemple, un débat radio a permis aux festivaliers de méditer sur la question « Comment favoriser l’interculturalité dans une société qui cherche à gommer sa réalité multiculturelle ? ».

L’exposition intitulée « Cité interculturelle » incitait les créateurs à concevoir ensemble une ville cosmopolite au sein du hall de la faculté. Anastasia-Zoé Solioutou, une peintre grecque a imaginé un métro liant Londres, Paris et Athènes. Elle a également réalisé une performance en public. Elle se plaît à fusionner les couleurs pour mettre en scène des silhouettes aux nationalités variées.

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Le tableau d’Anastasia peint devant l’université aux yeux des curieux.

L’installation « Objets imaginaires » de l’artiste tunisienne Elthem Younes fait référence à des traditions maghrébines. L’une d’entre elles consiste à suspendre des morceaux de plomb fondu pour éloigner les mauvaises ondes et énergies. Ce rituel serait originaire d’Asie centrale et appelé “Kut Kuyuv” par les bachkirs, un groupe ethnique turc résidant dans la Fédération russe.

BCette pratique s’est propagée dans plusieurs régions de la planète, notamment en Bosnie Herzégovine où elle est nommée « salivanje olova ». Le spectateur découvre que des phénomènes de transmission de traditions opèrent grâce aux échanges culturels.Nous pouvions contempler les œuvres de Christiana Kasapa qui laisse entrevoir de la poésie grecque dans ses toiles ou encore les portraits photographiques d’Isadora Re.

Un professeur d’allemand arabophone s’adonnait à la calligraphie face à ses spectateurs captivés.

CEn tant que linguiste, il a insisté sur le fait que l’arabe et l’hébreu sont des langues sémitiques avec des racines et influences similaires. Le spécialiste spécifiait que que Salaam signifie paix, d’où la salutation “As-salâm ‘aleïkoum”, voulant dire “Que la paix soit sur vous”.

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Le dernier jour, le résultat du concours de Jeunes talents a récompensé trois artistes. Alexandra Beraldin, qui a ouvert les festivités en échasses et réalisé un théâtre d’ombres, a remporté le premier prix. « Il y a une hybridité des genres, c’est extraordinaire, ce festival est une réussite » s’est confiée la lauréate à propos de l’événement. Puis Yvan Loiseau, un photographe qui a sillonné l’Amérique du Sud durant un an, a obtenu la seconde position. Il favorise le contact avec l’autre, il est lui-même allé à la rencontre de la population en dormant chez des inconnus au cours de son voyage. La troisième place est revenue au groupe féminin Enjoy Dance qui avait fait preuve de charisme chorégraphique.

De toute évidence, l’art n’a nulles frontières, il s’agit d’un moyen d’expression partagé à travers les continents. Le dialogue entre les créateurs de différentes origines est enrichissant.

Lors de ce rendez-vous, hormis les pupilles, les papilles aussi ont été charmées grâce à des ateliers de cuisine du monde. Le dîner interculturel organisé par notre association a également permis de goûter des saveurs d’ailleurs. Les visiteurs ont pu déguster des spécialités bretonnes, des haricots rouges du Mexique et même des mets libanais. Ce type de festin AP2sien offre l’opportunité de savourer des plats concoctés par des complices des quatre coins du globe et de s’amuser avec un quiz interactif. Nous découvrions tous, entre autres, que le nom initial de New-York était Nouvelle-Angoulême.

EComme quoi, on en apprend tous les jours ! Ce festival est un moment convivial à ne manquer sous aucun prétexte l’année prochaine…

 

Le regard d’Alain Homsi sur l’interculturalité

Alain Homsi, reporter d’origine syrienne, expose des photographies de sa terre natale jusqu’au 30 avril à la bibliothèque Buffon. Il a fondé Le Club International des Jeunes à Paris (CIJP) voué à mettre en relation les étudiants internationaux et Français dans la capitale. C’est après avoir rencontré des étrangers du monde entier en prenant des cours de français à Caen qu’il décide de créer cette association. Celle-ci organise des voyages ainsi que des activités linguistiques, culturelles, sportives et culinaires . “Ce sont les personnes d’autres pays qui nous permettent d’apprendre plus sur nous-mêmes et sur le monde. On découvre beaucoup en discutant avec des étrangers, en étant confronté à leur regard sur la France, aux différences culturelles, aux diverses traditions… Parfois, chacun a des préjugés sur l’autre qui sont dissipés dès que l’on est face à une personne qui nous permet de mieux comprendre l’histoire.” L’harmonie entre les cultures lui tient à cœur, il nous évoque l’importance de s’ouvrir à la diversité.
Que représentent les échanges interculturels à vos yeux ?

Pour moi c’est une richesse avant tout. J’ai toujours adoré voyager, aller à la rencontre du monde. Quand j’étais enfant et vivais en Syrie, j’étais toujours fasciné de voir qu’il y avait des gens qui venaient chez nous. Lorsque l’on croisait des touristes dans la rue on était très contents, on avait envie d’aller discuter avec eux, on essayait de leur parler avec le peu de vocabulaire d’anglais et français que l’on avait. En grandissant, j’ai compris encore plus combien il est essentiel de s’ouvrir sur les cultures. Avant de m’installer à Paris, j’avais pris des cours de français à Caen et c’était captivant d’être dans une classe avec des Américains, des Allemands, des Russes, des Italiens, des Turcs… C’était l’ouverture sur le monde, tout en étant en France. Je n’avais pas l’opportunité de côtoyer autant d’étrangers chez moi en Syrie. Je ne me vois pas vivre dans un monde où nous parlerions tous la même langue, où nous aurions tous les mêmes traditions. C’est rare que je ne me retrouve qu’avec des Français ou des Syriens. Le peu de fois où c’est le cas, ça me fait un peu bizarre. Je trouve que c’est un peu fade quand nous sommes tous pareils ! La richesse vient de la différence.

 

Avez-vous des anecdotes d’étudiants étrangers confrontés à un choc des cultures ?

Je me souviens d’un Japonais qui était surpris que les français ne portent pas de parapluie. Il n’en revenait pas que les gens soient prêts à être trempés les jours d’averses. C’était étrange pour lui puisque dans son pays il est inconcevable de sortir sans parapluie !

 

D’après vous, quelles actions pourraient être mises en œuvre pour que le dialogue entre les cultures soit davantage présent dans la capitale ?

Je pense que ce serait intéressant de concevoir un festival de la diversité. Il y a pas mal d’associations étudiantes ou de quartier, et qui font un travail remarquable où l’on parle d’interculturalité. En revanche, il n’y a quasiment jamais d’initiatives qui viennent du plus haut niveau, pas forcément de l’état mais au moins de la ville. Paris est une ville cosmopolite, il y a énormément de centres culturels étrangers, c’est magnifique. Mais pourquoi pas mettre en valeur cette diversité lors d’un festival ? J’avais travaillé il y a quelques années sur un documentaire à propos de Montréal. Ce qui m’avait marqué c’est que durant le défilé de la fête nationale, les gens ne hissaient pas seulement le drapeau canadien, il y avait plein de communautés qui sortaient le leur, pour dire “Nous sommes Canadiens mais aussi Italiens, Chinois etc.” Alors pouvons-nous imaginer cela pour le défilé du 14 juillet ? Garder la culture qui nous a été transmise lorsque nous étions enfants, cela ne veut pas dire que nous sommes moins Français que les autres mais peut-être plutôt que nous sommes doublement riches de plusieurs cultures. Par exemple, je trouve cela génial que l’on fête le nouvel an chinois. Néanmoins, il y a aussi un tas d’autres communautés que l’on ne voit pas, mais sont-elles vraiment encouragées à montrer leur culture ?

 

Vous êtes vous-même originaire de Syrie, a-t-il été difficile pour vous de tisser des liens à votre arrivée ?

Très certainement, c’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai créé cette association. Quand je suis arrivé à Caen, il y avait un accueil de l’université mais aussi de la mairie. Des familles normandes étaient même venues, c’était étonnant. Après cela, aller à Paris a été un choc. À l’époque, il n’y avait pas de soirées erasmus, pas d’associations qui accueillaient les étudiants étrangers. Maintenant les choses se sont améliorées. On a aussi facilement cette impression, en arrivant, que les Français, ou du moins les Parisiens, sont froids. Avec le recul, je réalise que l’on ne peut pas prétendre cela. Peut-être que certains le sont, cependant je pense qu’ils sont surtout réservés. Quand c’est moi qui fait le premier pas, la plupart du temps les gens sont plutôt ouverts. J’étais dans une classe avec une amie turque et un ami alsacien, tous deux trouvaient cela surprenant d’être face à des gens peu curieux d’autrui. Au fur et à mesure, nous avons formé un petit groupe avec des Français qui en réalité étaient timides et avaient besoin de trouver un cadre pour aller vers les autres, ils ne s’approchaient pas de leur plein gré.

Syrie

Comment rendre profitable un voyage à la rencontre d’une autre culture ?

Il faut absolument éviter quand on arrive dans un autre pays, d’aller chercher ses concitoyens. Si l’on vient pour découvrir un endroit, ce n’est pas pour retrouver des compatriotes. J’adore les langues étrangères, je suis parti en Angleterre pour pratiquer. Arrivé là-bas mon obsession était d’éviter les Français et les arabophones à tout prix ! Je me suis obligé à ne parler qu’en anglais, j’avais oublié le français dans le train. Un autre problème se pose, quand on arrive, on pense toujours avoir le temps, sauf qu’après, on se rend compte qu’une expérience de voyage dure peu. Même si c’est pendant trois ans, on réalise que cela passe très vite. C’est vraiment dommage de ne pas profiter au maximum de ces instants où l’on part à la rencontre d’une culture différente et de l’autre.

 

L’entraide entre les cultures vous importe, vous êtes engagé auprès de « Mobiliser pour la Syrie », que diriez-vous aux gens pour les inciter à être solidaires de manière générale ?

Le fait de créer le CIJP, de faire du bénévolat, de concevoir des activités, cela m’a apporté un enrichissement personnel. Quand les événements sont arrivés en Syrie il y a maintenant quatre ans, évidemment, je me suis senti concerné. Je n’ai pas l’expérience des associations humanitaires, cela s’apprend de secourir. Je me suis dit qu’il fallait que je trouve un moyen de venir en aide à mon pays malgré cela. J’ai pensé que j’avais la capacité d’organiser des événements culturels. Ceux-ci permettent de collecter des fonds reversés à des associations qui, elles, travaillent sur le terrain. C’est important de sentir que l’on fait quelque chose d’utile à son échelle. Il faut des milliers d’euros, mais en contribuant on met une pierre à l’édifice. Si chacun se dit “ouais mais ma participation ne va pas changer grand- chose”, finalement il ne se passe rien. Je considère le bénévolat comme un enrichissement personnel et un devoir. Chacun devrait trouver la façon de se rendre utile. En France, c’est formidable, on peut créer des associations, s’y engager. C’est une chance, tout le monde devrait la saisir. On a tous ses occupations, on se demande si on a le temps. J’estime qu’il est possible d’en trouver, c’est une question d’organisation. Même si l’on ne peut consacrer qu’une heure par semaine à une œuvre utile, c’est toujours cela de gagné. Combien de temps chacun perd facilement à des futilités ?

 

Votre exposition photographique « Souvenirs de Syrie » met en valeur votre regard sur votre pays natal. Quelle image significative voulez-vous véhiculer en France à propos de votre patrie ?

Je voudrais surtout que les gens découvrent la vraie Syrie à travers cette exposition. Je n’accuse pas les médias de présenter une image fausse, on connait l’ampleur du drame. Seulement, il y a des personnes qui n’avaient quasiment jamais entendu parler de ce pays avant le conflit. Ils ne connaissent rien sur la Syrie et la découvrent à travers les images de destruction. J’ai envie qu’ils la voient comme un pays riche de ses communautés qui ont toujours vécu en paix. Je n’aborde pas la politique, je veux que les spectateurs aient accès à la Syrie telle que je l’ai connue. J’ai envie de montrer des lieux de spiritualité, des monastères qui ont toujours attirés autant de pèlerins musulmans que de chrétiens par exemple. J’espère que cela donnera envie aux gens d’œuvrer pour sauvegarder ce pays au patrimoine millénaire.

 

Pouvez-vous nous raconter une tradition Syrienne qui vous est chère ?

Oui, il y en a une dont je me souviens. À Damas j’ai toujours vécu en appartement, dans un immeuble de quarante-huit logements. Tous les voisins se connaissaient. La tradition particulière était que l’on avait l’habitude, quand on cuisinait une recette typique qui sent très bon, d’aller offrir un petit plat au voisin d’en face. Cela ne se faisait pas de mijoter un repas spécial et ne pas le partager avec celui qui en avait senti l’odeur. Puis, la coutume voulait que lorsque la personne rendait le récipient, elle ne le redonnait pas vide. Ces petits gestes sont adorables. Je ne sais pas si c’est envisageable à Paris.(Rires) Bayt
AP2i organise une rencontre euro-méditerranéenne « Les 400 vues » réunissant vingt jeunes de France, de Turquie, de Slovaquie, de Roumanie et d’Égypte. Ils sont invités à offrir/partager leur vision de Paris par des photographies. Vous êtes photo-reporter, d’après vous, l’image peut-elle être un moyen de communication interculturel bénéfique ?

Effectivement, je pense que par la photo nous pouvons exprimer plein de choses. Le langage implique d’apprendre un alphabet, il faut lire, comprendre ce qu’il y a écrit alors qu’il y a des langues universelles comme l’image et la musique. Quand vous entendez un morceau de Mozart ou Beethoven qui exprime de la joie ou de la tristesse, tout le monde peut ressentir ces émotions sans avoir étudié l’allemand. Il en va de même pour la photographie, à travers elle, on peut transmettre sa nostalgie, sa joie, son indignation. C’est très bien l’éducation à l’image, de travailler avec des jeunes, leur permettre d’exprimer leurs sentiments, leurs frustrations ou leurs aspirations. C’est quelque chose de véritablement important. Cette idée que votre association propose est intéressante. Des gens qui viennent de continents différents vont pouvoir livrer leur regard sur cette capitale. Sûrement que cela va permettre de véhiculer des échanges que l’on ne pourrait pas avoir sans cette confrontation de points de vue. Je serais vraiment très curieux de voir les photos.

 

Alain Homsi nous a accueillis au sein de sa société Cameson production, l’occasion d’admirer ses photographies de Syrie affichées dans son bureau. De quoi avoir d’autant plus envie de découvrir l’exposition. La conversation s’est terminée sur une touche humoristique puisque nous remarquions que la nourriture a du succès dans nos associations respectives! Au-delà de multiples activités agréables : un buffet, des ateliers culinaires ou des dîners interculturels, sont d’excellents moyens de rassembler des individus de divers horizons, nous nous en réjouissons.

 

Son site : http://homsi.fr/