Louis Theroux et le journalisme gonzo

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En matière d’exposition des problématiques interculturelles, le documentaire est un genre privilégié. Qu’il s’agisse de présenter les difficultés auxquelles font face des communautés ou tout simplement de représentations de modes de vie différents, il est particulièrement adapté. On remarque toutefois que ce genre, lorsqu’il s’attache à valoriser l’échange culturel, tend à ne présenter que la dimension positive de ces cultures. Les points de vue ainsi exposés sont majoritairement perçus comme légitimes et consensuels et participent d’un sentiment de solidarité certes bienvenu, mais pas systématiquement représentatif.

Les documentaires de Louis Theroux présentent un contrepoint particulièrement intéressant à ce type de reportages dans leur tentative d’exposer des sous-cultures considérées comme au mieux marginales, au pire illégitimes et néfastes. Des communautés xénophobes aux simples pratiques hors-norme, différents modes de vie sont ainsi mis au jour avec un souci d’authenticité et d’ouverture très appréciables. Bien que ces documentaires ne cautionnent pas les opinions qu’ils présentent, ils offrent l’occasion d’en comprendre les logiques internes par l’immiscion dans le quotidien de ces modes de vie.

L’intérêt principal de ce type de journalisme réside dans un style assez peu conventionnel, le journalisme dit « gonzo ». L’élément distinctif de ce genre de reportage est l’inclusion du narrateur dans ce qui fait l’objet de l’enquête. L’immersion totale du journaliste est dès lors encouragée, et offre au spectateur un point de vue interne, et donc non objectif des mœurs étudiées. Si cette absence d’objectivité peut sembler s’éloigner des principes fondamentaux du journalisme, elle permet toutefois de s’extraire de l’imposition de ce qu’on pourrait considérer comme la pensée légitime et consensuelle.

Louis Theroux, journaliste britannique rattaché à la BBC est aujourd’hui une des figures la plus représentative de ce type de journalisme. Parmi ses différents reportages, beaucoup sont à recommander, comme son incursion dans une communauté néo-nazie en Californie (Louis and the Nazis). On retient aussi  ses enquêtes auprès de communautés juives ultra-sionistes (The Ultra Zionists) à Jérusalem, et des groupes partisans de l’apartheid en Afrique du Sud (South Africa).  Theroux fait volontairement preuve d’une naïveté assez sincère lorsqu’il entre en contact avec ces sous-cultures au discours haineux, et c’est là ce qui contribue à l’intérêt de cette méthode d’enquête. La naïveté qui accompagne ses questions encourage la sincérité et facilite l’ouverture et le dialogue de ces groupes. Theroux s’éloigne ainsi de la posture du journaliste moralisateur et se met au contraire dans la position de celui à qui il faut expliquer. Là encore, le journaliste ne cherche pas à cautionner ou justifier les opinions des populations interrogées, mais plutôt à comprendre la logique qu’ils déploient. Ces documentaires se trouvent alors assez terrifiants dans leur exposition finalement presque banale de modes de vie couramment diabolisés.

Le journalisme ainsi mené présente un intérêt assez considérable dans la mesure où il propose un contenu non éditorialisé, non médiatisé. En mettant au jour ces modes de vie marginaux, hors-norme et haineux, le journalisme gonzo permet une exposition riche et terrifiante à ces cultures. En ce sens, il constitue un contrepoint rafraichissant et nécessaire à la représentation bienséante de l’interculturalité.

Emilien Maubant

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