Reza et sa photographie, un regard sur autrui

Le 13 avril dernier, la Cité Internationale Universitaire de Paris organisait une conférence autour du photo-journaliste Reza. Le Meet & Tweet mis en œuvre permettait d’écouter cet humaniste aborder “l’image de l’autre” et son ambition de “permettre à chacun de devenir acteur de sa propre vie, et montrer les singularités de tous pour nous rendre indifférent aux différences.” AP2I était présent à l’intervention de ce philosophe inspirateur et voici ce que nous en avons retenu.

D’origine Iranienne, ce partisan de la paix a voyagé à travers la planète pour saisir des regards émouvants. Les portraits qu’il réalise sont publiés entre autres dans le National Geographic et sont reconnus pour leur caractère saisissant. Il a la volonté de mettre en valeur les diverses cultures afin de les faire dialoguer. “Le thème de l’image de l’autre, c’est ce que je fais constamment. Pour moi les médias sont un moyen d’expliquer l’image de l’autre” narrait-il. Chacun de ses reportages est pour lui une manière de transmettre ce qu’il a appris à travers ses rencontres.

L’image comme langage universel

Reza envisage la photographie comme un moyen d’expression pouvant être compris à travers le globe. Rappelons-nous l’épisode biblique de la Tour de Babel qui raconte comment les hommes ont voulu construire une immense tour et comment, pour les punir de leur vanité, ils ont été condamnés à ne plus se comprendre, séparés par de multiples langages. L’animateur demande à Reza s’il est possible, grâce à l’image, d’outrepasser ce fameux mythe de désunification linguistique. Il répond que celle-ci prend de plus en plus d’ampleur et pourrait mener à une compréhension commune. Le photographe fait alors référence à l’utilisation frénétique de smileys dans les conversations et nous démontre que, de nos jours, bien après les hiéroglyphes, des signes résistent. Il s’agit selon lui d’une preuve que nous allons vers une civilisation où l’image devient essentielle pour communiquer.
REZA
“Pour moi l’image est la plus grande langue que l’humanité ait jamais connue, elle devient un langage universel, on peut aussi bien montrer des images au Japon, en Chine, en Afrique, en Amérique centrale, pour que les gens aient le même genre de conversation. C’est l’histoire des êtres qui m’intéresse. J’essaye dans mon travail de m’effacer en tant que photographe, de façon à ce que quand quelqu’un regarde une image, il ne pense pas au photographe qui a fait la photo mais la personne qui est en face de lui. C’est créer ce face à face qui m’importe.”

Bien entendu, il ne nie pas que certaines cultures ont des codes différents, notamment pour les couleurs. Le blanc en Corée et en Chine correspond au deuil et non au mariage, ce qui mène parfois à des confusions interculturelles. Selon l’éducation et la culture, l’interprétation d’une image et toute sa symbolique peut aussi sensiblement varier. Reza est néanmoins certain qu’elle peut être lue par tous, même si parfois certains signes seront décryptés différemment.

Le langage ordinaire nécessite l’apprentissage d’un alphabet, pour celui de l’image il est utile de s’approprier les techniques photographiques. En ce qui concerne le temps requis pour les assimiler, il explique que l’appareil photo est comme un instrument de musique, ainsi, certains apprendront plus rapidement. “C’est pas l’appareil, c’est aussi tout ce que vous avez dans le cœur qui importe”.

Pour lui, les enfants devraient avoir la possibilité de s’exprimer à travers la photo afin qu’ils nous livrent, sans mots, leur histoire. “Je ne suis pas venu à la photographie par l’amour de l’art, c’est à un moment, à 9-10 ans, je voyais des scènes dans ma rue et je voulais les montrer aux gens.”

L’image pour aider l’autre

Reza milite pour la paix et l’entente entre les peuples et se sert de l’image afin de mener des actions altruistes. Il a notamment œuvré à réunir des enfants et leur famille séparés par l’exode qui a suivi le génocide du Rwanda. Sur 12 000 enfants pris en photographie, 3500 ont retrouvés leurs parents grâce à son projet. “La photographie va au-delà de ce que l’on voit et ce que l’on comprend. C’est en train de créer une nouvelle ère de résistance. Combien d’actions ont été menées grâce à la photo ? Combien de personnes ont changé leurs avis sur des événements en voyant des photographies ?” Il croit au pouvoir mélioratif de la photographie sur l’humanité.

Il a également fondé l’ONG AINA pour former aux médias des femmes afghanes. Grâce à cette institution, un journal des femmes a été conçu ainsi qu’une radio, un magazine pour enfants et un cinéma itinérant allant de villages en villages.

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Convaincu que l’image est un outil communicationnel essentiel, il offre des formations à l’image aux jeunes. Ainsi il a transmis sa passion à des adolescents de banlieues défavorisées dont Toulouse (Mirail).Peu de gens savent ce qui se passe dans les banlieues autour desquelles ils vivent. Les gens disent que c’est risqué d’aller dans ces quartiers. Après six mois de formation, les jeunes montrent des photos d’une poésie incroyable et ceux qui les regardent se disent “c’est comme chez nous”. C’est ça qui est important, c’est de créer ce lien social. Les banlieues ce sont les crises d’identité, la photo permet de dépasser cela.” Un dialogue peut être engendré par l’image pour évincer les préjugés.

En Syrie, en Irak ou encore au Kurdistan, c’est à des enfants de camps de réfugiés qu’il s’est attaché. En leur apprenant à photographier leur quotidien pour relater ce qu’ils vivent, il a trouvé le moyen de mettre en lien les individus par des histoires dont la compréhension traverse les frontières.

Gandhi, Mandela, Massoud sont des figures vertueuses qui l’inspirent. Le photographe est convaincu que l’individu, à son échelle, peut changer le monde.

L’image pour un dialogue interculturel

20110624Avant tout, Reza est à l’écoute des personnes qu’il rencontre et se plaît à narrer des anecdotes marquantes, notamment celle du garçon qui avait planté un grain et tenait une plante en germe “Je lui ai demandé ce qu’il voulait en faire il a dit “je vais en faire un arbre” alors qu’il n’y avait plus d’arbres dans le village, tout avait été détruit. C’est grâce à ces petites rencontres dans les rues, que les gens deviennent vos maîtres à penser.” Ses photographies aspirent à relayer ces fables du réel.

Au cours de ses expéditions, il a rencontré des communautés religieuses qui se respectaient mutuellement. Des chrétiens et juifs qui cassaient le ramadan avec des musulmans autour d’un dîner tous ensemble “Ce genre de vie entre différents groupes, ça existe et c’est possible. Ceux qui parlent de paix universelle ne sont pas des rêveurs !” Il avait réuni trois enfants de Jérusalem pour un cliché : un chrétien, un musulman et un juif qui se nommaient tous selon le prophète Abraham, fondateur des trois religions.

Les relations interreligieuses ne sont pas une utopie, il est possible de “vivre en paix, vivre ensemble.”

Pour atteindre le concept de l’intégration “la première chose à faire c’est de laisser chaque personne s’épanouir dans sa culture. Si cet épanouissement se fait dans le respect, tous seraient enrichis et pourraient en sortir le meilleur. À partir du moment où l’on va contraindre quelqu’un à ne pas épouser sa culture, on crée une frustration. Tout ça n’est que méconnaissance de l’autre. C’est peut-être par l’image que l’on peut se faire connaître différemment”

REZA PIC!

AP2I partage les valeurs et convictions véhiculées par ce prodige de la création visuelle. Le projet les “400 vues” vise à favoriser un échange interculturel par la photographie.

Le discours de Reza plein de sagesse est sans conteste captivant. Durant un instant poignant de la présentation, sur l’écran apparaît la formule “ART IS THE SOLUTION”. Reza poursuit “mais avant tout” puis la diapositive change et deux lettres sont ajoutées : “HEART IS THE SOLUTION.”

Son site : http://www.rezaphoto.org/